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L’autre adversaire de Monica Seles

TENNIS | L’Américaine vient de sortir un livre qui évoque sa lutte contre la boulimie.

© AP | Monica Seles

JEAN-DANIEL SALLIN | 05.05.2009 | 00:00

Le 14 février 2008, jour de la Saint-Valentin, un communiqué de presse annonçait la retraite sportive de Monica Seles. Personne n’est véritablement surpris par l’info. L’Américaine avait en effet signé sa dernière sortie officielle en compétition cinq ans plus tôt. Sur la terre battue de Roland Garros. Une élimination au premier tour – face à Nadia Petrova – qui fait tache dans son palmarès. Mais à l’époque, elle était handicapée par une fracture de fatigue au pied gauche…

 £Ces cinq ans Mais ces cinq ans d‘absence Ces cinq ans d’absence cachent pourtant un autre malaise. Plus profond. Plus insidieux. Monica Seles le raconte dans son livre, Getting a Grip: On My Body, My Mind, My Self, qui vient de paraître. L’Américaine était esclave de la nourriture.

«Elle était devenue ma meilleure amie. Partout où j’allais, je trouvais quelque chose à grignoter. De 7 heures du matin à 23 heures.» Son fournisseur favori? Le minibar dans sa chambre d’hôtel. Mais Monica Seles ne s’arrêtait pas là. «Je mangeais des pâtes, des hamburgers, je me précipitais au Taco Bell dès la nuit tombée et je me bourrais de cookies, de bretzels et de chips», écrit-elle.

La mort de son père

Qu’est-ce qui a provoqué une telle détresse? L’Américaine n’en fait pas de mystère: l’agression qu’elle a subie à Hambourg a été le premier traumatisme. Elle avait 19 ans, elle était au sommet de sa gloire et elle s’est sentie «violée» dans son intégrité de sportive. Le plus dur à digérer? Que les autres joueuses refusent de voter sur le maintien de son classement en tête de la hiérarchie. Comme si sa suprématie était mal vécue par ses adversaires…

Monica Seles s’est pourtant battue pour revenir sur les courts. Pour contrôler ses peurs. Après deux ans et demi d’absence, elle renoue avec son passé. Et remporte l’Open du Canada. Sans perdre un set. Mais le destin se montre cruel. Son père, Karolj Seles – «Mon entraîneur, mon meilleur ami», précise-t-elle – meurt d’un cancer à l’estomac en 1998. Deuxième traumatisme. C’en est trop pour la championne! Elle se réfugie dans la boulimie. Abuse du grignotage comme compensation. «Mon adversaire n’était plus de l’autre côté du filet, mais dans mon assiette», confie-t-elle dans l’émission Good Morning America.

En dix ans, Monica Seles prend plus de quinze kilos. Et tente de dissimuler son embonpoint sous des tenues extralarges. Mais les médias, britanniques pour la plupart, n’hésitent pas à la comparer à «un lutteur de sumo». Critiquent sans relâche cette silhouette peu athlétique. «Lorsque je suis revenue sur les courts, la nouvelle génération était non seulement plus grande et plus puissante, mais elle était aussi plus attractive», analyse-t-elle. «Cela ne suffisait plus de bien jouer, il fallait en plus être jolie…»

Monica Seles ne soutenait plus la comparaison. Tant physiquement que sportivement. «Il n’était pas évident de porter tous ces kilos sur le court», ajoute-t-elle. Son corps fait d’ailleurs de la résistance. L’Américaine multiplie les blessures. Arborant souvent une genouillère disgracieuse. Elle est surtout blessée par les remarques lues et entendues à son propos. Ça ne l’a certainement pas aidée à soigner son ego…

Plus heureuse qu’avant

«Lorsque je revois des images de cette période, je suis surprise de voir toute cette tristesse dans mon attitude», avoue-t-elle aujourd’hui.

L’Américaine s’en est sortie. A force de détermination. «Je ne me suis privée de rien, mais la marche m’a beaucoup aidée. J’en faisais une heure par jour…» Elle a su retrouver surtout son identité. S’accepter telle qu’elle est. Le déclic? Elle l’a senti lors de l’émission Dancing With The Stars sur la chaîne ABC. Elle s’est entraînée pour apprendre les pas. Pour ne pas paraître ridicule. Si elle a été éliminée la première, elle s’est sentie bien dans sa peau.

«J’ai pu me reconstruire en dehors du tennis», rappelle-t-elle. A 35 ans, Monica Seles se consacre aux autres. En travaillant avec des enfants. En donnant un coup de main à des associations caritatives. En assurant la promotion de ce sport qui lui a tant donné et beaucoup… coûté aussi. «Aujourd’hui, je suis une personne bien plus heureuse qu’avant», conclut-elle. Et ça se voit!
«Getting A Grip: On My Body, My Mind, My Self», de Monica Seles.


Bio express

Monica Seles
Née le 2 décembre 1973 à Novi Sad, en Serbie.
7 mars 1988: à 14 ans, elle gagne son premier match, contre Helen Kelesi, sur le circuit WTA.
30 avril 1989: remporte son premier titre à Houston en battant Chris Evert en finale.
10 juin 1990: accroche son premier titre du Grand Chelem à Roland Garros. Il y en aura huit autres après…
11 mars 1991: elle devient No 1 mondial au classement WTA.
Avril 1993: elle est poignardée par un spectateur allemand à Hambourg.
Août 1995: retour à la compétition.
1996: elle publie son autobiographie, From Fear to Victory.
1998: décès de son père.
14 février 2008: elle annonce son retrait de la compétition.
JDS




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