Alicia Drake dénude le roi Karl Lagerfeld
La chronique de Stéphane Bern | Il n’est pas donné à tout le monde de devenir une légende vivante en faisant de sa vie une source inépuisable d’intérêt.

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Stéphane Bern | 06.10.2008 | 00:00
Il n’est pas donné à tout le monde de devenir une légende vivante en faisant de sa vie une source inépuisable d’intérêt. Dans le monde feutré de la mode, où le moindre coup d’épingle peut avoir d’incroyables conséquences économiques, l’important est de ne jamais susciter l’ennui.
De ce point de vue, le styliste Karl Lagerfeld a réussi son pari. Plus il accorde d’entretiens, plus il se livre devant les caméras comme dans le documentaire qui lui était consacré vendredi dernier dans la collection Empreintes sur France 5 – Karl Lagerfeld, un roi seul – plus le mystère s’épaissit, tant il aime brouiller les pistes et disparaître derrière un écran de fumée aussi épaisse que le nuage de poudre qu’il répand sur son catogan. Merveilleux manipulateur des médias, qui ne sont jamais déçus quand ils l’invitent à faire son show, il adore jouer à cache-cache avec la vérité, ne quittant jamais son masque énigmatique derrière ses lunettes à verres fumés.
La date de naissance
En entretenant les contes et légendes sur sa vie, il est devenu un mythe. A la question qui revient sans cesse sur le tapis, «êtes-vous né en 1933 ou 38?», il répond que sa mère a brûlé l’acte officiel. Quand on se montre trop intrusif avec sa véritable histoire, il peut aussi montrer les griffes. Alicia Drake en sait quelque chose.
Il a voulu interdire la parution de son livre aux Etats-Unis en 2006, The beautiful fall, et qui sort ces jours-ci en français dans une version expurgée. Crime de lèse-majesté, elle mettait en doute les origines aristocratiques du Kaiser Karl. A l’en croire, il aurait menti sur presque tout son passé. Quand cela serait, après tout qu’importe? En quoi sa date de naissance ou la taille du château familial amoindrirait le talent de ce renifleur incontesté de la mode? Karl Lagerfeld appartient à ceux qui ont rêvé leur vie avant de la vivre. Et c’est ainsi qu’il s’est forgé un destin hors du commun, écrivant sa propre légende.
Une icône de la mode
En cela, il a eu tort d’intenter des procès à Alicia Drake. Son livre Beautiful People - Saint-Laurent, Lagerfeld, splendeurs et misères de la mode (Denoël) tourne à l’avantage de Karl Lagerfeld. Si Saint-Laurent fut un génial créateur, au caractère difficile, Karl Lagerfeld est une incontestable icône de la mode, certes narcissique mais aussi généreux et férocement drôle. «Je suis une marionnette» dit-il sur lui-même, revendiquant une mentalité de mercenaire.
Peluches, hôtels, livres de photos, exposition sur Versailles, ligne pour hommes KL, sans oublier Chanel et Fendi et ses nouveaux parfums unisexes Kapsule, il est sur tous les fronts parce que «la seule chose qui dure, c’est l’éphémère.»
Seuls les comptables s’intéressent à la vérité, lui recherche la beauté dans la légende. Partout sa photo s’affiche pour promouvoir le gilet jaune fluo dans les voitures; «c’est jaune, c’est moche, ça ne va avec rien mais ça peut sauver une vie». On le croit sur parole. Mais au fait, depuis quand n’a-t-il plus conduit lui-même de voiture?
L'expression du génie se passe de commentaire.
Que l'on aime ou pas n'a aucune importance, car son message est déjà passé. Le reste n'est que littérature.
- Respect!! Monsieur Karl Lagerfleld.