Salma Hayek: la lutte dans le sang
HUMANITAIRE | Présente à Genève, l’actrice mexicaine est l’ambassadrice de la
campagne mondiale menée par l’Unicef avec Pampers: «1 pack = 1 vaccin».

© Laurent Guiraud | Sa présence à Genève a permis d’attirer l’attention sur la campagne de l’Unicef associée à Pampers. «Mais pourquoi faut-il absolument des célébrités pour s’intéresser à une maladie?», s’interroge-t-elle.
JEAN-DANIEL SALLIN | 03.10.2008 | 00:00
Salma Hayek est bouleversée. Des larmes, des vraies, viennent brouiller son regard noir. Sa voix s’étrangle sous l’émotion. Elle tient à parler de son récent voyage en Sierra Leone. De partager cette expérience traumatisante. «A peine arrivée, je me suis rendue dans un hôpital où j’ai vu ce bébé âgé de sept jours, raconte-t-elle. Cette petite fille était infectée par le tétanos. Je l’ai prise dans mes bras, elle semblait chercher de l’air. Elle est morte peu de temps après…»
Lorsque Pampers et l’Unicef l’ont contactée pour être l’ambassadrice de leur campagne «1 pack = 1 vaccin», Salma Hayek n’a pas hésité. Elle a accepté la mission. Avec un cœur gros comme ça. «L’idée que toutes les mères de cette planète, quel que soit leur statut social, œuvrent pour protéger les enfants m’a enthousiasmée», confie-t-elle. Le fait qu’elle soit devenue mère, il y a maintenant une année, n’a fait que renforcer ses convictions.
Infirmière en Sierra Leone
«Avec ce périple en Sierra Leone, c’est la première fois que j’étais séparée de ma fille Valentina, précise-t-elle. Ce fut très difficile à vivre! Mais, lorsque je l’ai revue à mon retour, endormie dans son lit, j’ai pris conscience de la chance d’avoir un enfant en bonne santé…» Salma Hayek est touchante. Mais son engagement n’est pas feint. Elle qui a peur de donner son sang (c’est elle qui le dit!) s’est transformée en infirmière de choc en Sierra Leone pour vacciner femmes et enfants. «Dans les villages, ils étaient si heureux qu’on vienne les aider qu’ils se sont mis à chanter pour nous», sourit-elle. Histoire de transmettre (aussi) un message d’espoir.
Si le tétanos tue, dans le monde, un bébé toutes les trois minutes, l’Unicef espère en effet éradiquer cette maladie en 2012. Grâce à cette campagne massive – qui doit permettre d’acheter 200 millions de vaccins au cours des trois prochaines années. «J’ai rencontré une mère de famille qui avait eu le malheur de perdre sa première fille à cause du tétanos, ajoute Salma Hayek. C’était avant l’intervention de l’Unicef! Depuis, cette maman a donné naissance à quatre autres enfants en parfaite santé. Grâce à cette campagne de vaccination…»
Dans cette salle 3, au cœur du Palais des Nations, l’actrice mexicaine a le sentiment d’être au bon endroit. Mais elle n’est pas à son coup d’essai. Comme l’a dit Austin Lally, vice-président de Procter & Gamble, Salma Hayek est «une activiste». Elle se bat pour l’environnement. Contre la violence conjugale. Contre les discriminations envers la communauté latino-américaine. «C’est une passion, j’ai commencé lorsque j’étais jeune…»
«Enrichissant et frustrant»
A 42 ans, la Mexicaine poursuit la lutte. Peu importe qu’elle soit connue ou pas. «Cela pose une vraie question sur notre société: pourquoi faut-il absolument une célébrité pour attirer l’attention des gens sur un problème ou sur une maladie?» Salma Hayek, elle, n’a pas attendu d’être une icône pour s’engager. Mais elle a parfois l’impression de se battre contre des moulins.
«Il y a tant à faire», lâche-t-elle avec foi. «C’est à la fois enrichissant et frustrant. Je me sens souvent impuissante face à tous ces problèmes qu’on ne pourra jamais régler…» Salma Hayek l’avoue: elle a besoin de «dire stop». De temps en temps. Pour se ressourcer. Pour prendre le temps de digérer les images. Hier après-midi, alors que le Dr François Grasse décrivait les dégâts du tétanos dans les pays en voie de développement, la Mexicaine avait le regard perdu. Comme si le film de la Sierra Leone défilait encore et encore dans sa tête.
❚ Campagne Pampers Unicef «1 pack = 1 vaccin» du 1er octobre au 31 décembre 2008.