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S’imposer face à trois rivaux, le défi du nouveau président

EUROPE | Dans une fonction qu’il doit inventer, le premier président stable de l’Union européenne fait face à trois défis majeurs incarnés par trois figures.

© AFP | Herman Van Rompuy

BENJAMIN ADLER | 21.11.2009 | 00:00

A peine désigné président du Conseil européen, le Belge Herman Van Rompuy s’est pris une salve de critiques. Mais ce n’est rien comparé aux défis qui l’attendent. Si le Traité de Lisbonne a créé sa fonction, il n’a pas défini précisément son périmètre d’intervention. C’est dans ses rapports avec trois figures, Nicolas Sarkozy, José Manuel Barroso et Catherine Ashton, qu’il le fera.

- S’imposer face à Sarkozy
C’est le président français, Nicolas Sarkozy, qui le claironne, «Herman Van Rompuy est une des personnalités les plus fortes au Conseil. Un homme qui sait où il va.» La détermination du nouveau président sera mise à l’épreuve dès le 1er janvier 2010, date annoncée de sa prise de fonction. Face aux chefs d’Etat qui ont du poids, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et probablement le Britannique David Cameron au printemps prochain, Van Rompuy devra gagner le respect et l’autorité. «Il faudra qu’il tape du poing sur la table si l’UE veut être efficace et ne pas être une union de consensus mou», décrypte le Suisse Alain Délétroz, de l’International Crisis Group. «Son principal défi sera d’obtenir le consensus au sein des 27. C’est lui qui devra mettre de l’huile dans le moteur. C’est la valeur ajoutée de ce job. En place pour deux ans et demi, il est moins suspecté de parti pris qu’un chef d’Etat en exercice», analyse Janis Emmanouilidis, de l’European Policy Center.

- Composer avec Barroso
Le patron de la Commission, déjà lesté de Catherine Ashton à la vice-présidence, va devoir apprendre à partager l’Exécutif. «La définition des fonctions se fera de manière pragmatique», explique Sarkozy. Pour un ministre français cité par Le Monde , le Portugais est le grand gagnant des nominations: il devient le plus connu des dirigeants bruxellois. Sa position n’est pas affaiblie, comme il le craignait. Jeudi soir, Van Rompuy invoquait sa «responsabilité spéciale». Et annonçait sa participation aux grands sommets internationaux comme le G20. A ses côtés, Barroso avale la couleuvre en fronçant les sourcils. Puis rappelle que si les nouveaux venus incarnent la diplomatie de l’UE, pour le reste, c’est sa Commission qui dispose d’une compétence extérieure.

- S’entendre avec Catherine Ashton
La haute représentante entrera en fonction le 1er décembre, un mois plus tôt que Van Rompuy. Le maigre CV de la Britannique (jamais élue, jamais ministre) laisse a priori un champ d’action plus vaste au président du Conseil. Si le nucléaire iranien, la Géorgie – où la seule mission internationale aujourd’hui est européenne – et le Proche-Orient devraient échouer à la haute représentante, le président aura a priori en charge les dossiers russes et ukrainiens. «En cas de nouvelle crise du gaz, ce sera lui qui ira au charbon et personne d’autre», précise Alain Délétroz. Avec des élections en Ukraine en plein hiver, «on peut prédire un blocus politique à Kiev», ajoute Délétroz. Un premier test énorme pour le binôme.


Un départ qui inquiète les Belges

En Belgique, le bonheur des uns fait le bonheur des autres. «Le sacre pour Van Rompuy, la revanche pour Leterme», titre vendredi le quotidien francophone Le Soir, commentant le prévisible retour aux affaires du prédécesseur du nouveau président du Conseil de l’Europe.

A l’heure où le roi Albert II reprend ses consultations, le Plat Pays balance entre fierté et crainte. Le royaume, sa classe politique en tête, se félicite avec un honneur non feint de la promotion européenne de son premier ministre. Même les socialistes francophones se débondent: «C’est une belle reconnaissance pour notre pays. On vante souvent notre sens du compromis, aujourd’hui la Belgique prouve que cette qualité peut nous mener très loin.» Mais ce départ tombe au plus mauvais moment: les bouillants dossiers communautaires vont vite revenir sur la table. Et l’homme appelé à les gérer est marqué de sceau de l’échec.

Leterme, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, a déjà démissionné deux fois comme chef de gouvernement et autant comme formateur. C’est sa victoire aux législatives de 2007 qui provoqua une crise politique historique. Le spectre du déchirement communautaire plane sur le pays.

«Aujourd’hui on lui déroulerait le tapis rouge de la 5e chance. Et rien n’indique que l’homme ne se prendra pas une fois de plus les pieds dedans», note le journal Vers l’Avenir. «Il faudrait faire du Van Rompuy sans Van Rompuy», rassure la ministre Laurette Onkelinx. «Tout le monde souhaite que l’on continue à travailler très rapidement, dans le même esprit», ajoute sa camarade de gouvernement Joëlle Milquet.
(ba)




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