Emeutes à Strasbourg, sous la coupe des casseurs
SOMMET DE L’OTAN | Les manifestants pacifiques ont été trahis par le «Black Block» qui a mis à sac un quartier de la capitale alsacienne. Des violences qui rappellent celles que Genève à connues lors du G8 de 2003.
© Samedi à Strasbourg, les manifestants du défilé pacifique ont été débordés par le «Black Block». Les casseurs ont saccagé la cité Port du Rhin, un quartier de Strasbourg considéré comme défavorisé. Les dégâts matériels sont importants; l’hôtel Ibis (ci-dessus) a, par exemple, entièrement brûlé. | afp/4 et 5 avril 2009
JEAN-NOËL CUÉNOD | 06.04.2009 | 00:00
Strasbourg a connu ce week-end les mêmes ravages que Genève durant le sommet du G8 d’Evian en juin 2003. Et dans les deux cas, les pseudo-anarchistes du «Black Block» – dont le discours politique se réduit à la violence pour la violence – se sont trouvés à la manœuvre.
L’Allemand Reiner Braun, porte-parole du Comité international de coordination du contre-sommet de l’OTAN, a d’ailleurs fustigé les casseurs: «C’était comme une gifle pour le mouvement pacifiste. La violence n’a fait que soutenir l’Otan.» La ministre française de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, estime à 2000 le nombre de ces casseurs. En tout, 300 d’entre eux ont été interpellés.
Les pacifistes débordés
Les violences ont atteint leur zénith samedi après-midi et soir. Les quelque 20 000 manifestants pacifiques et pacifistes ont marché vers le pont de l’Europe qui relie la capitale alsacienne à la ville allemande de Kehl. Ils devaient se joindre aux 7000 protestataires venant de la République fédérale.
Mais cette jonction n’a pu être établie, la police d’outre-Rhin empêchant «ses» manifestants de franchir la frontière. C’est alors que les affrontements sur sol français ont commencé. Très vite, les organisateurs du défilé pacifique ont été débordés par le «Black Block» et ont dû écourter sensiblement leur démonstration. Désormais seuls en lice, les casseurs ont saccagé la cité Port du Rhin, un quartier de Strasbourg considéré comme défavorisé.
Les «Blackblockeurs» ont mis le feu à un poste de douane, puis à l’Hôtel Ibis et enfin à l’Office du tourisme, où se trouve une pharmacie qui est entièrement détruite. Les portes d’une chapelle orthodoxe ont été pulvérisées, de même que des commerces. Pour l’instant, il est impossible de donner une estimation de ces dégâts matériels.
De Strasbourg à Bastia
A Strasbourg, de nombreuses voix s’élèvent contre la tactique des forces de l’ordre, dont celle du maire socialiste Roland Ries: «Les habitants du quartier Port du Rhin ont eu l’impression d’avoir été abandonnés.» La ministre Michèle Alliot-Marie conteste en soulignant que, malgré la violence, aucun mort n’est à déplorer et que les 49 personnes blessées – dont 15 policiers et pompiers ainsi qu’un journaliste – l’ont été légèrement.
La ministre de l’Intérieur s’est également rendue à Bastia, hier. La ville corse a connu, elle aussi, un samedi soir de violence, mais pour un motif qui n’a rien à voir avec l’OTAN.
Un groupe indépendantiste «Corsica Libera» voulait protester contre les «bavures policières» commises lundi lors d’un défilé contestant la condamnation à perpétuité d’Yvan Colonna. Dimanche, dix personnes recevaient encore des soins hospitaliers, dont deux membres des forces de l’ordre (CRS) qui sont sérieusement atteints.