Après Berlin, ces nouveaux murs qui divisent le monde
Mur de Berlin | ❚ Vingt ans après la disparition du rideau de fer, la planète n’en finit plus de se barricader.❚ A Buenos Aires, les gens s’emmurent volontairement pour s’affranchir de la pauvreté.❚ Pour le géographe français Michel Foucher, «les murs symbolisent la négation de l’autre».

© DAVID MCNEW/GETTY IMAGES/AFP/2009 | Le nouveau segment de la barrière entre les Etats-Unis et le Mexique s’étire sur 11 kilomètres. Il mesure 4 m 50 de haut. Il est posé sur le sable de façon à pouvoir être soulevé et repositionné en fonction de l’érosion des dunes.
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YANNICK VAN DER SCHUEREN | 07.11.2009 | 00:02
Ce soir, le mur de Berlin divisera à nouveau la ville. Mais pour le 20e anniversaire de sa chute, il prendra l’aspect de dominos bigarrés géants, en lieu et place des blocs de ciment de naguère. Le premier domino vacillera lundi, au terme des commémorations
organisées par une Allemagne réunifiée. La réaction en chaîne s’arrêtera au niveau de la porte de Brandebourg. Comme en 1989, l’effet domino ne se poursuivra pas dans le reste du monde.
Vingt ans après la disparition du rideau de fer, d’autres remparts ont pris le relais. Certains ont été renforcés, d’autres ont été récemment édifiés. Les événements du 11 Septembre et la montée en puissance du terrorisme ont largement contribué
à accélérer le mouvement.
Les barrières les plus spectaculaires sont connues, comme la palissade métallique dressée entre les Etats-Unis et le Mexique ou la clôture de sécurité israélienne implantée en Cisjordanie. Il en existe cependant bien d’autres. Entre le Botswana et le Zimbabwe, l’Inde et le Bangladesh, l’Arabie saoudite et le Yémen ou le Koweït et l’Irak. Mais contrairement au mur de Berlin, qui empêchait les gens de sortir, ces murs interdisent d’entrer. Deux raisons justifient leur édification: la sécurité et les flux migratoires.
Qu’ils soient sécuritaires, militaires ou anti-immigrés, leur efficacité très relative est souvent illusoire et toujours provisoire. Comme le disait Janet Napolitano, la ministre américaine chargée de la Sécurité intérieure: «Construisez un mur de 15 mètres de haut et on verra apparaître une échelle de 16 mètres.»
La chute du mur de Berlin, il y a vingt ans, laissait espérer la fin des divisions. Depuis, de nouvelles barrières de béton ou d’acier sont venues balafrer la planète. A l’heure de la mondialisation, le manque de repères donne l’envie de limites. Selon Michel Foucher, géographe, professeur à l’Ecole normale supérieure à Paris et auteur de L’obsession des frontières, on recense aujourd’hui près de 17 murs internationaux. Ces fortifications couvrent 7500 kilomètres, soit 3% des frontières terrestres. Mais si tous les projets annoncés sont menés à terme, ils s’étireront sur 18 000 kilomètres.
Et ce chiffre n’englobe pas les frontières fortifiées intérieures, comme les murs de Belfast qui séparent catholiques et protestants ou ceux de Bagdad qui divisent les quartiers sunnites et chiites. Mais d’où vient ce besoin de se barricader?
Mise en scène politique
Pour Michel Foucher, ces murs symbolisent avant tout la négation de l’autre. «La frontière présuppose l’existence de l’autre. Le mur est un bornage linéaire, une clôture visible, un écran noir qui cherche à rendre l’autre invisible, explique-t-il. On nie l’autre, on ne veut pas le voir, son existence n’est pas assimilable.»
Le mur représente également l’interdiction. «Le mur de Berlin interdisait de sortir, les clôtures américaines interdisent d’entrer, le mur israélien interdit d’agir. Mais derrière cette fonction, on retrouve toujours le déni de l’autre.» Parce que qui dit mur dit décision unilatérale. «On ne construit pas un mur à deux, sinon on a un no man’s land, comme entre les deux Corées.»
Et ce qui choque, relève-t-il, «c’est que ces décisions sont prises, dans la plupart des cas, par des Etats démocratiques». Pourquoi? «Pour prouver à leurs électeurs qu’ils sont actifs sur la scène frontalière. Les murs ou les clôtures ne sont qu’une mise en scène politique. La stratégie de clôture, réalisée avec de gros moyens budgétaires, est aussi un acte de communication publique du pouvoir central. En rendant de nouveau visible la frontière, l’Etat entend manifester et convaincre qu’il répond aux aspirations de sécurité d’une partie de l’opinion.»
Mondialisation négative
Depuis la disparition du rideau de fer, on assiste à un durcissement, au propre comme au figuré, des pratiques frontalières, constate le professeur. «Les barrières antimigratoires sont une réponse de certains Etats à la globalisation humaine. C’est une réponse absurde au défi de la mobilité. Ces nouveaux murs sécuritaires incarnent une mondialisation négative.»
Mais l’édification d’un mur ou d’une clôture est d’abord un message à usage interne, même si son efficacité n’est pas démontrée, insiste-t-il. Certes, les barrières rendent la traversée des frontières plus risquée, plus coûteuse, mais comme le fait remarquer le géographe, «l’histoire des murs, c’est l’histoire de leurs contournements.»
Reste que le vrai message politique de l’ouverture du mur de Berlin, «c’est qu’un mur a une durée de vie limitée». Il ne résout rien, mais donne temporairement l’illusion d’une certaine sécurité. En gelant la situation de crise, il ne fait que différer
la résolution des problèmes ou des conflits. Le mur est un aveu d’impuissance, il matérialise un échec politique ou diplomatique. Michel Foucher est persuadé qu’en inventant de nouveaux rapports sociaux et de nouvelles relations interétatiques, on finira par faire disparaître ces remparts.
L’Argentine à l’heure des quartiers fermés
Aux Etats-Unis et en Amérique latine, des millions d’individus s’emmurent volontairement pour s’affranchir de la pauvreté et de la délinquance. Pour les habitants de ces «quartiers fermés», ces enclaves sont des îlots de sécurité dans un monde «trop urbanisé et extrêmement violent». Pour leurs détracteurs, ils représentent des ghettos ultrasécurisés où les riches s’enferment pour vivre entre eux.
En Argentine, le phénomène des «quartiers privés» est en pleine expansion depuis une vingtaine d’années. Près de 400 000 personnes vivent
aujourd’hui dans ces lotissements entourés de murs et de barbelés, où il faut être invité et montrer patte blanche pour y pénétrer.
Les plus modestes sont constitués de quelques maisons et d’un simple «club social». Mais le gigantesque complexe de Nordelta, situé à 30 kilomètres de Buenos Aires, constitue une ville à lui seul, avec ses quatre écoles, sa clinique, sa chapelle, son centre commercial, ses restaurants et plusieurs centres sportifs.
«Le nombre de lotissements fermés est passé de 140 en 1990 à plus de 600 aujourd’hui, explique Jorge Julia, responsable de l’organisation faîtière des quartiers privés. Ils regroupent plus de 80 000 maisons et leur nombre augmente régulièrement, poursuit-il. Les gens cherchent un autre style de vie, plus calme et plus proche de la nature. Mais c’est sûr que la sécurité est un argument important.»
Fracture sociale
Pour nombre de sociologues, l’expansion de ces quartiers illustre surtout de manière emblématique la privatisation à outrance de l’Argentine. Les chercheurs affirment ainsi que le phénomène est étroitement lié à l’augmentation des inégalités et de l’incapacité de l’Etat à garantir les services de base, dont la sécurité.
Et la fracture sociale est extrêmement visible. Car ces lotissements luxueux sont souvent entourés de bidonvilles qui leur fournissent par ailleurs la main-d’œuvre nécessaire à leur entretien.
Issu d’une famille particulièrement modeste, l’ex-footballeur Diego Maradona a illustré ce contraste social par une phrase devenue célèbre: «Moi aussi, j’ai grandi dans un quartier privé. Privé d’eau courante, d’électricité, de téléphone.» (Gustavo Kuhn, Buenos Aires)
L’objectif inavoué de la clôture israélienne
Officiellement, la clôture israélienne est une barrière de protection contre les attentats commis par des combattants palestiniens. De ce point de vue-là, son efficacité a été prouvée. Depuis sa construction, les attaques ont diminué de 80%.
Mais son rôle ne se limite pas à la sécurité. Ce mur ne suit pas exactement le tracé de la Ligne verte – ligne de séparation de 1967. Il empiète sur
la Cisjordanie de quelques dizaines de mètres, voire de dizaines de kilomètres, annexant de fait une partie des territoires palestiniens. Pire, en incluant des dizaines de colonies juives dans son tracé, il morcelle la Palestine. En 2010, une fois le ruban de béton achevé, 274 000 Palestiniens seront enclavés. Quatre cents mille seront séparés de leurs champs, de leur travail, de leur école.
En construisant ce mur, l’Etat hébreu impose sa future frontière. Ce qui compromet toute possibilité d’accord pacifique avec la Palestine dans un proche avenir. (yvds)
L’impossible paix entre les deux Corées
Dans la péninsule coréenne, la guerre froide joue les prolongations. Depuis la fin des hostilités, en 1953, aucun traité de paix n’a été signé entre les deux frères ennemis. Plus d’un demi-siècle après l’armistice, la Corée du Nord communiste est toujours séparée de la Corée du Sud capitaliste par un double mur qui longe la ligne de cessez-le-feu.
Un obstacle à la paix
Symbole d’une guerre fratricide et idéologique, cette zone démilitarisée de 241 kilomètres de long et de deux à quatre kilomètres de large est devenue la frontière la plus hermétique de la planète. Et contrairement à ce que son nom indique, c’est l’endroit qui concentre le plus de forces armées au monde. De chaque côté de la frontière, 700 000 soldats nord-coréens et 410 000 soldats sud-coréens se font face.
Le but de cette zone tampon est d’empêcher tout incident susceptible de provoquer la reprise du conflit. En cristallisant les tensions, elle est surtout un obstacle à la paix. (yvds)
Les barrières invisibles de l’Europe
Les deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au Maroc, ont longtemps représenté l’eldorado pour les candidats africains à l’immigration. Un simple mur de barbelés les séparait alors de l’Europe.
En 2005, face aux assauts répétés de centaines de Subsahariens, l’Espagne décidait de rehausser les clôtures existantes et d’en construire une nouvelle. Cette porte d’entrée vers le Vieux-Continent étant devenue infranchissable, les migrants ont trouvé d’autres chemins.
Ils passent désormais par la mer. Direction les Canaries, Malte ou Lampedusa. Sans se douter que les deux petits murs de Ceuta et Melilla ne sont que la partie visible de tout un dispositif visant à contrôler l’immigration en Europe.
Plus que dans la pierre, les pays européens ont investi dans les appareils de surveillance et dans le durcissement du droit d’asile et des frontières. Radars, bateaux et avions empêchent le plus souvent les migrants d’accoster. Contrôles, détentions et expulsions les empêchent de s’installer.
Le mur qui protège l'entrée, c'est l'instrument de la paix civile. Il permet d'éviter l'entrée d'élément qui s'attaquent à des membres de la société. C'est une protection collective
Si on enlève les murs, les membres de la société doivent se protéger individuellement. Ils peuvent déléguer ce rôle à la force publique, mais c'est imparfait, pour des raisons de délai d'intervention.
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S'il y a une frontière, on peut retenir les éléments agressifs de l'autre côté de cette frontière.
S'il n'y a pas de frontière, les éléments agressifs doivent être arrêtés dans le territoire et confinés dans des prisons.
Pour ce faire, on doit augmenter le nombre de policiers et de prisons, ainsi qu'adapter le système pénal.
Tout le monde est perdant (avec l'exemple suisse):
- Le coût de la sécurisation du territoire explose. Il est nettement moins couteux de surveiller des frontières que de pourchasser les criminels, surtout si on ne peut les mettre hors d'état de nuire que sur son propre territoire.
- La police devient omniprésente dans la vie du citoyen. Puisque le criminel n'est pas tenu éloigné du citoyen, au-delà de la frontière, il est à proximité immédiate du citoyen. La force publique doit donc aussi se trouver, en tout temps, à proximité immédiate du citoyen.
- Il faut construire un grand nombre de prisons étanches et dissuasives. Le criminel autochtone, dont on pouvait espérer une réinsertion dans notre société, est remplacé par un criminel dont toute réinsertion est impossible, du simple fait qu'il n'y jamais été inséré dans notre société.
- Il faut développer un droit qui discrimine les étrangers par rapport aux Suisses. En effet, la situation d'un Suisse, dont les attaches sont en Suisse, est totalement différente de celle d'un étranger dont les attaches sont à l'étranger, dont le système de valeur est différent du nôtre et pour lequel la Suisse et ses citoyens ne sont vus que comme des sources de revenus, des victimes potentielles de vols et autres attaques de toutes sortes.
- La première victime est le citoyen suisse et ses invités étrangers: Le criminel, qui était maintenu à distance, se trouve maintenant dans sa rue, devant sa porte, voire dans son jardin, son appartement et sa Poste.
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Une frontière systématiquement ouverte ne fait aucun problème, quand elle n'est ouverte qu'aux personnes d'origine frontalière qui ont toutes leurs attaches sur place et qui partagent (grosso-modo) nos valeurs et notre Culture. Elle commence à faire problème, lorsque des personnes d'origines plus lointaines se substituent aux personnes d'origines proches.
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On a pu le constater, avec la lente dégradation du statut de frontalier: Des personnes qui venaient d'autres parties des pays frontaliers sont venues, afin de profiter des facilités octroyées aux personnes originaires des régions frontalières.
Aussi longtemps que les nouveaux-venus ont adopté l'échelle des valeurs des habitants autochtones des régions frontalières, aucun problème particulier n'est apparu.
C'est assez rare, mais en vous lisant j'explose de rire.
Au moins vos écrits ont le mérite de me mettre en joie.
Rien qu'un exemple :
" Le coût de la sécurisation du territoire explose. Il est nettement moins couteux de surveiller des frontières que de pourchasser les criminels, surtout si on ne peut les mettre hors d'état de nuire que sur son propre territoire"
Eueueueueueu.....!
C'est vrai, puisque vous le dites, que les éléments agressifs s'arrêtent à la frontière. Mais à votre avis, pour empêcher la pénétration en Suisse, combien faut-il de garde 365 jours par an et 24 heures sur 24 le long de la frontière ?
Mais peut-êtreque l'on pourrait y mettre les chômeurs le long de cette frontière, en les payant juste au tarif indemnité de chômage, ça couterait moins chère.
Merci pour cette pinte de bon sang...
Une sorte de paroxysme du bobo ce Michel Foucher ?
Mais concretement je me demande si il ferme la porte de son appart. Parce que si oui, quel aveu d’impuissance, il matérialise un échec politique... selon ses propres termes.
Normal de se cloturer
Question de sécurité
Question de lois et de droits
Question de violation de domicile
Question de se sentir chez soi
etc....
La chute du mur de Berlin, il y a vingt ans, laissait espérer la fin des divisions.
Pour Michel Foucher, le mur représente également l’interdiction. «Le mur de Berlin interdisait de sortir, les clôtures américaines interdisent d’entrer, le mur israélien interdit d’agir. Mais derrière cette fonction, on retrouve toujours le déni de l’autre» Parce que qui dit mur dit décision unilatérale.
Gros bémol quand même, pour le mur israélien. Ce mur, même s'il participe à la sécurisation de la population israélienne, n'a que l'apparence de cette volonté de protection. En réalité sa construction vise à entraver et rendre impossible la vie des habitants de la Palestine. A ce mur viennent s'ajouter toutes sortes de mini-éxactions, comme la destruction systématique des récoltes ou les confiscations des terres.
Ce mur, contrairement à tous les autres sur la planète, ne suit pas la frontière. Ce n'est pas un hasard mais bien une volonté délibérée d'Israël d'éliminer le problème palestinien.
Israël n'a retenu de sa propre histoire qu'un seul aspect : on ne peut pas sans conséquences pratiquer un génocide à l'hitlérienne. Au lieu d'éliminer totalement et physiquement les habitants de la Palestine, même si toute occasion est bonne à prendre, comme à Gaza, l'Etat d'Israël fait tout pour obliger les Palestiniens à quitter leur sol. Le but final, et parfois avoué, et la création du Grand Israël.
Cette politique là dépasse de loin l'analyse de Michel Foucher, pour qui "Les murs ou les clôtures ne sont qu’une mise en scène politique. La stratégie de clôture, réalisée avec de gros moyens budgétaires, est aussi un acte de communication publique du pouvoir central"