Géorgiens et Russes à Genève «C’est déjà un pas énorme!»
DIALOGUE | Pour la première fois depuis la guerre éclair du mois d’août, les envoyés de Moscou et Tbilissi se rencontrent pour donner le coup d’envoi à un processus de dialogue. Laborieux.
© AP | Ossétie du Sud. Après la séance dite «plénière» s’ouvriront deux groupes de travail, l’un sur la sécurité et la stabilité, l’autre sur les déplacés et les réfugiés.
ANDRÉS ALLEMAND | 15.10.2008 | 00:03
«Mais rendez-vous compte! Il y a seulement quelques semaines, c’était encore la guerre en Géorgie. Les chars russes avançaient même sur la capitale, Tbilissi. Et pourtant, mercredi à Genève, les représentants de ces deux pays vont s’asseoir à la même table et se parler pour la première fois depuis la rupture des relations diplomatiques. Et cela alors que les hostilités ont pris fin et que la plupart des troupes russes se sont retirées en Ossétie du Sud. C’est une grande chance! Et un très bon début.»
Difficile de résister à l’enthousiasme de Daniel Warner. Politologue à l’Institut des Hautes Etudes internationales et du développement (IHEID), il n’en revient pas: ce matin, au Palais des Nations, l’ouverture de discussions entre Tbilissi et Moscou doit donner le coup d’envoi à un processus de dialogue. Rien que ça.
Sans Medvedev ni Poutine
Bien sûr, ce dialogue s’annonce long et surtout difficile. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir à quelles contorsions diplomatiques il a fallu se livrer pour convaincre les anciens belligérants de ne pas bouder le rendez-vous genevois. Ainsi, ce matin doivent se tenir, à huis clos, des «discussions à six» exclusivement: Géorgie, Russie, Etats-Unis, sous la triple présidence de l’Union européenne, de l’ONU et de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).
Bref, des discussions sans les présidents indépendantistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie dont Moscou a reconnu la souveraineté le 26 août. Raison pour laquelle ni le président russe, Dmitri Medvedev, ni son premier ministre, Vladimir Poutine, n’ont voulu être présents à Genève. Du coup, la rencontre se tient «au niveau des experts».
Ossètes et Abkhazes pas si incognito que ça
Après cette séance dite «plénière» s’ouvriront deux groupes de travail (l’un sur la sécurité et la stabilité, l’autre sur les déplacés et les réfugiés). Or, Tbilissi a dû accepter que ces réunions «informelles» soient ouvertes à d’autres participants, notamment les dirigeants ossètes et abkhazes. Mais à une condition: que chacun soit là à titre individuel, sans mention de nationalité ou de fonction. Du coup, les autorités géorgiennes en ont profité pour inviter leurs alliés: le chef du gouvernement abkhaze en exil et le chef de ladite administration provisoire d’Ossétie du Sud. Imaginez l’ambiance!
Sur quoi peut déboucher une telle réunion? «Il ne faut pas s’attendre à des décisions fracassantes. L’essentiel, c’était de réunir tous ces gens qui refusent de se parler officiellement. Mais le pari sera vraiment gagné s’ils repartent mercredi soir avec un calendrier détaillé de négociations, précisant qui se réunira où et quand pour parler de quoi», martèle Daniel Warner. Les organisateurs proposent un rythme soutenu, avec une réunion à Genève tous les quinze jours.
Mais des négociations aussi tendues ont-elles la moindre chance de succès? «Bien sûr, Moscou n’obtiendra pas que Tbilissi reconnaisse l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Et Tbilissi n’obtiendra pas que les troupes russes se retirent de ces territoires séparatistes. Mais à terme, on pourrait aboutir à un gel des positions actuelles. Non pas la paix, mais tout de même une solution acceptable pour les deux parties. La Géorgie y est prête, je crois. C’est le sentiment que j’ai eu la semaine dernière sur place. A Tbilissi, la population sait bien que le boulet n’est pas passé loin.»
➜ Daniel Warner dirige à Genève le Centre pour la gouvernance internationale de l’IHEID, qui en huit ans a fourni à 300 jeunes fonctionnaires de Géorgie, d’Arménie et d’Azerbaïdjan une formation sur les institutions internationales et le droit humanitaire.
La Géorgie ferait mieux "récupérer" ses criminels qui viennent nous dévaliser. les genevois en ont plus que marre, et certains risquent de les acueillir avec une arme à la main.