Medvedev-Sarkozy: l’entente retrouvée
DIPLOMATIE | A une semaine de la conférence de Genève sur le Caucase, le retrait des
troupes russes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie rouvre la voie à un
rapprochement avec l’Europe.

© AP | Les présidents Sarkozy et Medvedev
ALAIN JOURDAN ÉVIAN | 09.10.2008 | 00:01
Cela ne fait plus aucun doute, on veut tourner la page de la crise géorgienne. Et vite. A Evian, où ils étaient invités à participer aux travaux de clôture de la première World Policy Conference Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev ont joué l’apaisement et déplacé le débat. Ce n’est plus de la Géorgie dont il est question mais de la sécurité de l’Europe et de la gouvernance du monde.
La discrète tape amicale du président français sur l’épaule du président russe avant qu’il ne monte à la tribune n’a échappé à personne. La diplomatie a repris ses droits. «Il nous faut abandonner la rhétorique de la confrontation», dit Dmitri Medvedev en saluant «les actes courageux et responsables du président Sarkozy».
Fustiger les Etats-Unis
Flatter l’Europe, fustiger les Etats-Unis, tel semble être le credo du Kremlin. Dans son discours, le président russe oppose «l’interaction pragmatique entre la Russie et l’Europe» à «la soviétologie et la paranoïa dont souffre l’administration américaine». Le message est clair, au système «unipolaire» bâti sur la seule puissance américaine, la Russie préfère un monde multipolaire «où la légalité internationale ne peut pas être sélective».
Pour les Russes, le modèle actuel n’a fait qu’engendrer des injustices, des déséquilibres et une crise qui frappe aujourd’hui toutes les économies. Dmitri Medvedev suggère notamment de «modifier l’architecture financière globale» dont le fonctionnement a été obéré par «la faiblesse du dollar». Et pour cela, il faut une Europe forte, «une Europe qui ne peut pas se permettre d’être le maillon faible» de la nouvelle gouvernance mondiale.
Le «pari du dialogue»
Le chef du Kremlin est prêt à jouer la carte de l’Europe, mais il pose comme préalable qu’on ne vienne plus titiller la Russie sur ses frontières. Nicolas Sarkozy a qualifié de «proposition capitale» ce «partenariat euro-russe ambitieux». Pour l’instant, le président français le subordonne au règlement définitif du conflit géorgien tout en ne boudant pas son plaisir de pouvoir clamer haut et fort que son «pari du dialogue» a fonctionné et que son partenaire «a tenu parole». Un pas décisif a, en effet, été franchi hier avec le retrait annoncé le jour même des troupes russes basées au sud des régions séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie.
La prochaine étape sera la conférence de Genève prévue le 15 octobre prochain et dont les deux présidents ont longuement parlé durant le déjeuner qu’ils ont pris ensemble au Royal Parc d’Evian.
Le «retour de la Russie» Nicolas Sarkozy a pris soin de préciser qu’il était hors de question d’envisager cependant un rapprochement stratégique avec la Russie pour sceller un nouveau pacte de stabilité et de sécurité en Europe sans que les «alliés et amis américains» n’y soient associés. Pour l’instant, le président français prend acte de ce «retour de la Russie» et «de son influence sur la scène internationale». Gérer cette nouvelle donne implique l’établissement de nouvelles règles. Nicolas Sarkozy propose de prolonger cette réflexion au sein de l’OSCE, qui pourrait être convoquée pour un sommet extraordinaire à la fin de l’année 2009.