Le Web participatif au secours d’Haïti
CATASTROPHE | Des internautes bénévoles du monde entier mettent à jour d’heure en heure les cartes de la région sinistrée. Le «crisis mapping» en ligne est né.
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LUCA SABBATINI | 19.01.2010 | 00:00
Après le tremblement de terre en Haïti, Internet a servi à la fois de source d’informations et d’outil de communication — un rôle largement souligné par tous les médias. Mais il est une autre contribution de la Toile qui n’a pas fait la une des journaux, alors qu’elle sauve des vies: le «crisis mapping» («cartographie de crise»).
«Gouvernements et ONG commencent à réaliser l’utilité de notre initiative», soutient Chad Catacchio, un spécialiste américain de la géolocalisation qui a organisé samedi dernier des «Crisis Camps» pour Haïti à Los Angeles, Washington, Brooklyn ou encore Londres. Plus de 400 informaticiens ont répondu à son appel.
En tête de liste de leurs priorités: redessiner les cartes et plans de la région sinistrée et les mettre gratuitement à disposition de tous sur le Web, sous licence Creative Commons (redistribution libre aux mêmes conditions).
Travail de fourmi
Réalisé grâce à des dizaines d’internautes volontaires aux quatre coins de la planète, ce travail de fourmi se voit relayé notamment par la «carte coopérative libre» OpenStreetMap.org, qui a également ouvert un site spécifiquement dédié à Haïti (haiti.openstreetmap.nl). Sur les plans mis à jour des zones sinistrées, les bénévoles indiquent aussi bien les voies praticables que les campements de fortune des survivants.
«Après le tremblement de terre, les anciennes cartes d’Haïti étaient devenues inutiles», souligne Pierre-André Vullioud, développeur Web vaudois qui est un membre actif de la communauté OpenStreetMap, même s’il ne participe pas directement au rafraîchissement de la cartographie haïtienne. «N’importe qui peut contribuer. Il suffit d’avoir une connexion Internet, puis de télécharger un petit logiciel qui permet d’ajouter des détails sur le plan, sous forme d’icônes colorées.»
GeoEye, la société qui fournit à Google les images satellitaires de Google Earth, met à disposition gracieusement des photos en haute résolution, prises après le tremblement de terre. Elles permettent de suivre l’évolution des campements de fortune ou du déblayage des routes. Les cartographes bénévoles les comparent avec d’anciens clichés pour noter les différences. «C’est un travail continu et minutieux, mis à jour toutes les heures», insiste Pierre-André Vullioud. «Des Haïtiens expatriés donnent un coup de main pour identifier les noms des rues.»
Même si leur précision n’est pas poussée au centimètre près («ce n’est pas le cadastre»), ces plans utilisables sur n’importe quel navigateur GPS apportent une aide inestimable aux équipes de secours et aux humanitaires sur le terrain, qui peuvent s’orienter en toute sécurité. La preuve: de nombreuses ONG les utilisent déjà.