Grâce à iTunes U, le lit devient campus
INNOVATION | Depuis hier, l’Université de Lausanne est la première en Suisse à offrir des cours en téléchargement gratuit sur la plate-forme d’Apple.

© Patrick Martin | En cours de téléchargement
Emmanuel Barraud | 14.01.2009 | 00:00
Ce qui n’a été durant des années qu’une blague de potache est en train de devenir réalité. Depuis hier, et comme les rivières, les bienheureux étudiants de l’Université de Lausanne (UNIL) peuvent suivre leurs cours sans sortir de leur lit. Plus sérieusement, la nouvelle offre conjointe dévoilée hier par Apple et par l’UNIL permet à qui le souhaite de télécharger des cours gratuitement sur son iPhone ou iPod. Encore embryonnaire, l’offre est appelée à se développer fortement dès la prochaine rentrée du semestre de printemps, dans un mois. Mais il est déjà possible d’obtenir un certain nombre de films de présentation et de conférences. Souvent, l’image se résume au diaporama présenté par l’enseignant tandis que le son reproduit celui du micro-cravate. Dans certaines variantes, une caméra suit aussi le professeur dans ses déplacements. «Il s’agit d’un vecteur supplémentaire pour diffuser une offre déjà partiellement existante. Mais il n’est pas question d’en faire un passage obligé», précise Dominique Arlettaz, recteur de l’UNIL, qui se réjouit que la marque à la pomme ait choisi son institution – parmi d’autres en Europe – pour démarrer l’offre iTunes U sur le Vieux-Continent.
A l’Uni de Genève aussi
Une façon de souligner également que la nouvelle donne ne va pas contraindre les étudiants à devoir s’équiper du dernier smartphone à la mode, puisque les mêmes vidéos pourront aussi être téléchargées sur le site Web de l’institution. Au bout du lac, l’Université de Genève (UNIGE) propose elle aussi aux étudiants – et parfois au grand public – le téléchargement de ses cours. Sans les diaporamas, «mais des tests sont en route», explique Pierre-Yves Burgi, responsable des nouvelles technologies à l’UNIGE. L’institution préfère toutefois gérer à l’interne la diffusion et la conservation de ces contenus. Les avantages pédagogiques de cette offre sont nombreux. Réécouter le passage du cours où l’on a eu une perte d’attention ou prendre le temps de recopier précisément un schéma, par exemple. «Nous voulons surtout rappeler que le savoir académique n’est pas réservé aux seuls étudiants, reprend Dominique Arlettaz. Grâce à cela, l’Université entre chez les gens.»
Cela ne remplacera jamais, loin s’en faut, un enseignement «physique». «C’est à considérer comme un complément, estime Pierre Dillenbourg, professeur à l’EPFL et spécialiste des nouvelles technologies destinées à l’enseignement. L’aspect social, l’interaction, les exercices sont essentiels dans un cours. Seules les leçons ex cathedra, qui ne sont qu’une petite partie d’un programme, peuvent s’y prêter. A ce titre, d’autres techniques déjà existantes, qui permettent par exemple aux étudiants d’intégrer des commentaires ou de poser des questions en lien avec les diapositives, sont encore plus intéressantes.» Pierre Dillenbourg voit un autre écueil à cette technologie. «En tant qu’enseignant, je ne pourrai plus me permettre certaines blagues de circonstance – mettons par exemple sur les Belges – si je sais que mon cours pourra être visionné depuis toute l’Europe!» www.unil.ch/itunes, mediaserver.unige.ch