Informer en jouant, c’est très sérieux
VIE NUMÉRIQUE | Lorsque le jeu sort de ses frontières, cela donne notamment «Play The News», un site conçu comme un journal mais dont les rouages sont ludiques. On en parlait ce week-end à Zurich.
© MichaEl Pfister/TNC NETWORK | Eric Brown. Le PDG de ImpactGames décrit les interactions de «Play The News» à Zurich.
JEAN-CHARLES CANET/ZURICH | 26.10.2008 | 23:00
Il y avait une étrange atmosphère vendredi à Zurich dans une salle de cinéma transformée pour l’occasion en temple dédié aux jeux vidéo. La partie «congrès» de Gamehotel, celle qui a précédé une journée plus festive samedi, tentait en effet d’explorer des contrées dans lesquelles outils et règles ludiques trouvent de nouveaux champs d’investigation.
William Shakespeare, barde que tout Anglo-Saxon bien né aime à citer, ne voit-il pas le monde comme une scène; autrement dit, comme un grand terrain de jeu? Cette minute culturelle était offerte par Gabe Zichermann, patron de start-up américaine qui voit «du jeu partout». Et pour le meilleur puisque, selon lui, si le système bancaire avait été régulé par des concepteurs de jeux (Game Designers), il n’y aurait pas de crise financière actuellement. Dont acte.
Mais la recherche de débouchés ne s’arrête pas là. Le Suédois Tom Söderlund démontre qu’en introduisant quelques règles ludiques dans un téléphone mobile, tout exercice physique peut devenir divertissant. A vérifier l’an prochain avec l’application Zyked.
L’après «Peacemaker»
En matière de divertissement «utile», Eric Brown a pour sa part de l’expérience à vendre. Sa société, ImpactGames, basée en Pennsylvanie, a bâti sa réputation avec un jeu vidéo, un vrai. Mais sous le couvert d’un produit tactique à la Civilization, l’ambition de Peacemaker était de confronter deux perspectives, l’israélienne et la palestinienne, avec pour objectif ultime la résolution du conflit. Sérieusement documenté, soucieux d’équilibre, ce «Pouvez-vous réussir là ou les politiques ont jusqu’ici échoué» (www.peacemakergame.com) a rapporté louanges critiques, reconnaissance et récompenses diverses mais pas de raz de marée commercial: «Si j’avais fait un jeu de tir en 3D, je pourrais être déjà à la retraite», lâche Eric Brown entre deux portes.
D’où la réorientation que représente Playthenews.com. Ce n’est plus un jeu à proprement parler mais un site d’information. La une est divisée en rubrique «Monde, Etats-Unis, Divertissement, Technologie». Chacune a son attaque d’actualité avec une vidéo accompagnée d’un texte écrit pour présenter les faits. Première incursion d’outils venus du monde vidéoludique, la carte est conçue comme le serait un jeu tactique au tour par tour. Une fois la partie acquisition d’information achevée, place au jeu à proprement parler: il est demandé à l’internaute ce qui devrait arriver selon l’opinion qu’il s’est forgé à la lumière des faits recueillis, puis ce qui va réellement arriver.
Dans le premier cas, il se confronte aux opinions exprimées par les autres joueurs. Dans le second, ses prédictions seront évaluées selon leur justesse. Tout cela débouche sur un score puis un classement, deux éléments constitutifs du jeu vidéo selon une approche des plus occidentale.
Eric Brown est-il fier de son bébé? Assurément. Quels sont ses objectifs? Trouver des partenaires (grands groupes média en ligne de mire), aller vers l’international…
Sur le site www.playthenewsgame.com, le mot «bêta» figure encore sur le fronton.