L’homme qui veut libérer les logiciels
PORTRAIT | Président du Groupement romand des utilisateurs de logiciels libres,
José Nunes se bat pour une informatique plus efficace et fiable.

© Steeve Iuncker Gomez | José Nunes. «Il est fondamental que ce qui concerne le bien commun reste accessible à tous.»
LUCA SABBATINI | 30.09.2008 | 00:00
Linux et les logiciels libres ont le vent en poupe. Longtemps apanage des spécialistes en informatique, ces programmes gratuits, que chacun peut améliorer et distribuer à sa guise, gagnent peu à peu le grand public. C’est bien simple, ils s’installent partout. Sur les téléphones mobiles ou les miniordinateurs portables à bas prix. Dans les administrations publiques ou à l’école. Sur les serveurs des grandes entreprises ou des petites start-up.
Un succès qui se traduit en trois mots: gratuité, fiabilité, partage. Les logiciels libres représentent «de meilleurs programmes pour tous», résume José Nunes. D’origine portugaise, ce mathématicien de formation a débarqué à Genève au milieu des années 90. Depuis quatre ans, il est le président du Gull, le Groupement romand des utilisateurs de Linux et des logiciels libres. Soit une force de frappe de quelque 1000 informaticiens, «dont 400 cotisants». Chaque année, le Gull fait la promotion de l’informatique libre à travers des cours, des conférences, une liste de distribution sur Internet et des «install parties» qui permettent aux particuliers de faire installer gratuitement Linux sur leur PC.
«Les logiciels libres incarnent un mode de vie basé sur le partage des connaissances»
Les logiciels libres, José Nunes les a découverts dans le cadre de ses recherches sur la génétique des populations. «J’avais besoin de traiter de grandes quantités de fichiers et c’étaient les seuls systèmes qui fonctionnaient bien.» D’outil professionnel, les logiciels libres ont fini par devenir une véritable philosophie pour le chercheur. «Ils incarnent un mode de vie basé sur le partage des connaissances et la validation par une communauté.»
Un message qui, avant les progrès actuels, n’a pas toujours été compris à l’extérieur des cercles informatiques. «Trop de gens croient encore que les logiciels libres sont réservés aux spécialistes. Quant à nos ennemis, ils nous traitent tantôt de communistes, tantôt d’anarchistes, alors que nous préconisons la liberté!», ironise José Nunes. «J’aime expliquer notre démarche par une image simple. Si j’ai une pomme et que je la donne, je ne la possède plus. Par contre, si j’ai une idée et que je la donne, elle m’appartient encore et je peux même y gagner car d’autres ont la possibilité de l’améliorer. C’est la même chose avec les logiciels libres.»
Tout le contraire des programmes propriétaires (comme ceux développés par Microsoft ou Apple), protégés par des barrières juridiques extrêmement lourdes. «Ces puissantes sociétés cherchent à préserver leurs acquis par tous les moyens, mais elles ne font qu’entraver la créativité.»
A une époque où l’informatique est devenue un élément clé des infrastructures de notre société, «il est fondamental que ce qui concerne le bien commun reste accessible à tous», insiste José Nunes. D’où la campagne de sensibilisation que le Gull lancera l’année prochaine en direction des enseignants et des administrations publiques. Une belle façon de célébrer dix ans de promotion des logiciels libres.
www.linux-gull.ch
Bravo, Monsieur Nunes ! Continuez le combat.
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