La police effectue un raid dans une société de la rue du Rhône
JUSTICE | La Brigade financière et quatre juges ont perquisitionné jeudi chez ACM, spécialiste genevois du courtage en ligne de devises, comme l’a révélé hier Swisster.
© Pierre Albouy | Les locaux de la société genevoise Advanced Currency Markets (ACM) à la rue du Rhône.
MARC GUÉNIAT ET PHILIPPE RODRIK | 04.04.2009 | 00:00
Pas moins de 28 inspecteurs de la Brigade financière et quatre juges d’instruction de la cellule criminalité économique sont intervenus jeudi matin dans les locaux de la société genevoise Advanced Currency Markets (ACM), spécialisée dans le courtage de devises en ligne. L’information, révélée par le site d’information Swisster, édité par Edipresse, a été confirmée à la Tribune de Genève par le porte-parole de la police, Patrick Pulh.
D’une rare ampleur, l’opération résulte de la plainte d’un ex-client institutionnel d’ACM, domicilié au Mexique. Celui-ci accuse entre autres cette société d’escroquerie. Trente-six heures après cette perquisition, puis l’audition de plus d’une demi-douzaine de collaborateurs, le juge d’instruction en charge de la procédure Vincent Fournier n’avait procédé à aucune arrestation ni inculpation, nous assurait hier soir la police genevoise.
Lors de leur intervention dans les locaux d’ACM, 50, rue du Rhône, les agents de la maréchaussée ont saisi des documents et du matériel informatique.
Informations falsifiées
Selon une source proche du dossier, le plaignant reproche à la société de lui avoir imposé des prix différents de ceux du marché, lors d’opérations effectuées le 17 avril 2007, voici deux ans. Cet ex-client utilisait les services d’ACM par l’entremise d’un trader domicilié aux Etats-Unis. Le 27 mars 2008, il a déposé une plainte auprès du Parquet de Genève. ACM aurait eu vent de cette plainte en septembre dernier.
La mise en cause a dès lors pris l’initiative de contacter le juge d’instruction, puis la Brigade financière, pour lui livrer ses propres informations «à satisfaction» (la justice s’apprêtant à clôturer le dossier). Selon ACM, un de ses traders, remercié en juin 2008, aurait fourni des informations confidentielles à la société mexicaine, qui se sont avérées être falsifiées par la suite.
Directement ou indirectement. Cette entreprise se serait référée à ces mêmes documents pour justifier ses assertions dans le cadre d’une tentative de chantage et, par la suite, pour étayer un complément de plainte. Le 26 mars, l’avocat d’ACM a justement contacté le parquet pour le rendre attentif «au risque d’être induit en erreur par ces pièces manipulées».
Cette mise en garde a été réitérée le 1er avril et le dépôt d’une plainte annoncé pour le lendemain entre autres contre l’ex-client mexicain. C’est chose faite et les accusations relèvent de la tentative de chantage, de la dénonciation calomnieuse, de faux dans les titres et de soustraction de données confidentielles.
Numéro un mondial du courtage en ligne de devises, ACM poursuit aujourd’hui ses activités normalement. Fondée en 2002, employant quelque 130 collaborateurs, la société est présente à Genève, Dubaï, Montevideo et projetait l’an passé de s’implanter à New York. Elle gère un volume de transactions qui dépasse les 100 milliards de dollars. Si elle ne publie pas ses résultats, le directeur général Alexandre Axarlis confiait à la Tribune de Genève en mars 2008 que le chiffre d’affaires s’était élevé à 70 millions de francs en 2007. ACM s’adresse prioritairement à des clients non institutionnels, mais également aux PME et aux banques.