Quand une PME résiste à toutes les crises

L'événement | Spécialiste en menuiserie et charpente, Barro SA, à Carouge, vient de fêter ses 125 ans d’existence. C’est Domenico, l’arrière-grand-père de l’actuel propriétaire, Jean-Luc Barro, qui a fondé l’entreprise en 1884. Au dernier Recensement fédéral, en 2005, Genève comptait 18 886 PME, soit 99% des entreprises du canton.

Jean-Luc Barro
© LAURENT GUIRAUD | Jean-Luc Barro, directeur de la PME Barro. «Les gens imaginent que si on arrive à durer cent vingt-cinq ans, c’est que tout va bien. Mais rien n’est jamais gagné, une PME demeure fragile.»

XAVIER LAFARGUE | 28.07.2009 | 00:03

Il se départit rarement d’une certaine réserve, mais il n’est pas peu fier, Jean-Luc Barro. Il y a de quoi. Son entreprise de menuiserie et charpente, spécialiste genevoise, carougeoise plutôt, de la fenêtre, vient de fêter ses 125 ans. Pas mal pour une PME, qui plus est dans le bâtiment. Quelle est la recette de sa longévité? Comment Barro SA a traversé les crises? Eléments de réponse avec l’actuel propriétaire, représentant la quatrième génération des Barro.

«Ces dix dernières années, bien des concurrents ont fait faillite, ou ont mis la clé sous le paillasson, constate Jean-Luc Barro. Nous, nous sommes restés. Mais rien n’est simple. En 2004 par exemple, une année de chiffres rouges, j’ai bien cru que j’allais tout arrêter…»

La terrible année 2004

Il se remémore cette terrible année 2004, quatorze ans après son arrivée à la tête de l’entreprise familiale, basée à Carouge depuis toujours (lire encadré ci-contre): «J’ai même pris une hypothèque sur ma villa pour m’en sortir.»

S’est-il alors senti investi d’une sorte de mission? Ne pas être celui qui a fait chuter l’entreprise fondée par l’arrière-grand-père, Domenico? «C’est une bonne question. Je me la suis posée cette année-là. Mon aïeul était venu du Piémont avec son baluchon. Il a débuté comme «garçon», comme journalier. Il a bossé dur, alors âgé de 43 ans, pour créer son entreprise. A sa mort en 1899, fait rarissime pour l’époque, c’est une femme, son épouse Marceline, qui a repris la direction de Barro. Allais-je être celui qui terminerait l’aventure? Heureusement, des amis de mon père m’ont déculpabilisé, m’ont mis à l’aise face à ce passé. Cela m’a définitivement donné la force de continuer. Et nous avons pu retrouver les chiffres noirs ­assez rapidement.»

Libéral et protestant, Jean-Luc Barro voit son entreprise comme «une grande famille, dont je suis le père au carré. C’est-à-dire que je fais vivre d’autres pères, donc d’autres familles.» La recette de cette remarquable longévité? «Un dosage d’humanité, de rigueur et d’efficacité. Il faut de la volonté, de la persévérance, du savoir-faire, et un peu de chance pour remporter de bonnes affaires.» Et de l’amour aussi. Pour le bois. Cette matière vivante et odorante dont il parle avec tendresse, égrenant, au fil d’une visite des ateliers, tous les métiers qui lui sont affiliés.

Il s’agit aussi d’anticiper les virages de l’Histoire pour faire face aux crises économiques. «Il y a eu plus de 100 ouvriers chez nous avant la mécanisation», dit-il. Ils sont 65 aujourd’hui. Qui profitent des bienfaits de l’informatique, que Jean-Luc Barro a progressivement imposée dès son arrivée, en 1990. Ce qui a notamment permis de constituer une bibliothèque de détails, qui fait aujourd’hui référence dans la branche. «Il y a encore vingt-cinq ans, tous les dessins se faisaient à la main», glisse-t-il.

Activité d’entretien, contrats de maintenance avec les régies, investissements dans la formation ont aussi permis à cette menuiserie de défier le temps. «Les machines à bois ont une longévité intéressante, c’est une chance», relève Jean-Luc Barro. Avant d’ajouter: «Les gens imaginent que si on arrive à durer cent vingt-cinq ans, c’est que tout va bien. Mais rien n’est jamais gagné, une PME ­demeure fragile.»

Oublier le chalet suisse

Le boom du développement durable, donc l’utilisation du bois, n’est-il pas un gage de futurs succès? «C’est un plus, mais il a d’abord fallu se démarquer de l’image d’Epinal, du chalet suisse. Aujourd’hui, on sait mieux montrer ce que l’on réalise et les progrès de la technologie liée au travail du bois. Reste que la concurrence a changé, elle est plus lointaine, suisse, européenne voire mondiale, et les carnets de commandes n’offrent pas une visibilité à long terme.»

Son terme à lui, Jean-Luc Barro, 55 ans, s’approche gentiment. «Je voulais d’abord fêter dignement le 125e anniversaire. C’est fait. Mais cet été, j’ai prévu de réunir mes trois fils, afin de discuter de l’avenir», confie cet homme très actif dans le bénévolat et l’Eglise protestante, à l’image de son grand-oncle Emile. Celui dont il s’est toujours senti le plus proche. Une cinquième génération de Barro éclora-t-elle bientôt à la tête de l’entreprise familiale?

 


 

A Genève, les PME représentent environ 99% des entreprises

Faire vivre une PME durant plus d’un siècle, voilà qui n’est pas banal. Combien de petites et moyennes entreprises sont-elles dans ce cas à Genève? Mystère, les statistiques manquent dans ce domaine. Des dizaines sans doute, si l’on songe aux métiers de la vigne et de la terre, aux premières manufactures horlogères et, nous l’avons vu, aux métiers du bois et du bâtiment. Car pour obtenir le label PME, il suffit pour un patron de faire travailler entre 0 et 250 employés.

La fourchette est plutôt large. «A Genève, les PME représentent environ 99% des entreprises, relève Daniel Loeffler, directeur du Service genevois de la Promotion économique. Selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, elles étaient 18 886 en 2005, sur un total d’entreprises de 19 170.» Les micro-entreprises (0 à 10 employés) étaient à elles seules 16 275, soit 85%. En termes de postes de travail, et c’est une donnée tout aussi édifiante, sinon plus, les PME totalisaient cette année-là 66% des emplois du canton.

Faillites en augmentation

Le nombre de PME fluctue évidemment sans cesse. La statistique de l’Union Suisse Creditreform relève ainsi – pour toutes les entreprises, grandes et petites – que la faillite touche plus de 2000 sociétés en Suisse depuis le début de cette année. Mais toujours selon la même source, les entreprises de dix ans et plus tiennent mieux le coup.

«Face à une crise, les PME connaissent des destins divers, car elles sont très disparates, précise Daniel Loeffler. Un commerce n’est pas forcément touché de la même manière qu’une start-up active dans la biotechnologie, par exemple. Il est donc difficile de tirer des conclusions. On peut néanmoins relever qu’une PME est condamnée à s’adapter rapidement aux changements du marché, sinon elle meurt.»

A ce titre, les banques ont leur rôle à jouer, en termes de crédit. En période de crise, tout se complique, selon Daniel Loeffler: «Les banques tablent sur deux critères principaux avant de débloquer des crédits: la viabilité à long terme d’une entreprise et sa capacité à rembourser le crédit. Mais en cas de crise, particulièrement dans le secteur de la consommation, il est très difficile de prouver la viabilité à long terme, voire même de fournir seulement des informations fiables.»

L’Etat de Genève a donc ouvert une hotline à l’attention des PME, explique Daniel Loeffler: «C’est un dispositif de soutien, actif depuis la mi-mars, avec l’aide de plusieurs organismes. Au début, nous avons reçu beaucoup d’appels provenant de commerces. Maintenant, ce sont plutôt les industries, notamment pour des problèmes de financement. Car les activités ont pu chuter de 20 à 50% ces derniers mois.»


Le site de l'entreprise: www.barro.ch




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Par ADA le 28.07.2009 - 18:10

ADA
Tous mes voeux pour encore 125 ans au moins à cette PME modèle dont je me souviens avec une certaine tendresse, car j'habitais tout près avec mes parents dans les années '40. Un incendie s'étant déclaré la nuit, les pompiers avait fait évacuer notre immeuble et quelques autres, parce que nous étions "dans le sens du vent". Cela m'avait frappé (à 7 ans!) ainsi que les hautes flammes et les étincelles. Le "patron" - rencontré je ne sais comment avec mon père - m'avait offert une orange parce que j'avais raconté "gentiment" l'histoire à ma classe!

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Par bip le 28.07.2009 - 12:50

Je viens de faire appel à cette entreprise pour un tout petit travail. Professionalisme, rapidité et compétence, voilà ce qui peut définir au mieux cette entreprise. C'est un réel plaisir d'avoir à faire avec des gens comme ça. N'hésitez pas à faire appel à eux. Merci et beaucoup de succès pour les 125 prochaines années.

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Par avt. le 28.07.2009 - 12:47

Toutes mes félicitations pour cette longévité exceptionnelle. Puisque vous évoquez la succession, à charge pour vous d'en éviter tous les écueils, notamment fiscaux...

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