La crise aidant, Davos 2009 bat tous les records

WEF | Le sommet annuel du World Economic Forum va vivre une affluence record de 2500 participants et de 43 chefs d’Etat. La crise financière sera au cœur des débats. L’administration Obama pourrait envoyer son secrétaire au Trésor. Moins «bling-bling», plus sobre, Davos 2009 fera son mea culpa, selon son directeur général, André Schneider.

© Keystone |

ÉLISABETH ECKERT | 21.01.2009 | 23:45

Le président et fondateur du World Economic Forum, Klaus Schwab, n’a pas peur de filer la métaphore pour définir le prochain sommet annuel de Davos, qui se tiendra du 28 janvier au 1er février prochain: «Dans la crise actuelle, a-t-il ainsi déclaré hier, en dévoilant les personnalités attendues, Davos sera une sorte de sanatorium pour l’économie mondiale. Nous tenterons de lui apporter un peu d’optimisme.» Convalescence d’une crise de folie ou thérapie d’une tuberculose financière? On ne sait très bien.

Le double de chefs d’Etat

Une chose est sûre: cette 39e édition du World Economic Forum sera véritablement exceptionnelle: «En réalité, affirme ainsi Klaus Schwab, je n’ai connu un tel sommet qu’en 2002, lorsqu’en guise de solidarité avec les Etats-Unis, après les attentats du 11 Septembre, nous avions déménagé à New York.» Ainsi, l’affluence s’annonce d’ores et déjà record puisque 2500 personnes y participeront.

Mais c’est surtout le nombre des chefs d’Etat ou de gouvernement qui marque les esprits. «Il a tout simplement doublé par rapport aux années précédentes, explique le Suisse André Schneider, directeur général du WEF, puisque, d’une vingtaine habituellement, nous en accueillerons, à l’heure qu’il est, quarante-trois.»

Des noms? Vladimir Poutine tout d’abord, aujourd’hui premier ministre russe et qui viendra pour la première fois dans la station grisonne. Il aura ainsi l’occasion – s’il le désire – d’y rencontrer le président ukrainien, Viktor Iouchtchenko. Wen Jiabao ensuite: le premier ministre chinois participera également à ce WEF exceptionnel, accompagné d’une délégation massive, pour y parler des graves risques de ralentissement économique dans l’Empire du Milieu (pour la première fois, le PIB pourrait chuter au-dessous des 8% en 2009). La chancelière allemande, Angela Merkel, et le premier ministre britannique, Gordon Brown, viendront, enfin, y préparer le sommet du G20 d’avril prochain à Londres, entièrement dédié aux remèdes à apporter à la sévère crise économique.

Le sanatorium du monde parlera également de Gaza, grâce notamment à la présence du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et du président israélien, Shimon Peres. Mais c’est surtout un haut responsable de la nouvelle administration Obama que le WEF espère: «Pour l’heure, affirme ainsi Klaus Schwab, nous n’avons pas encore de réponse sûre, mais il se pourrait que Timothy Geithner, le nouveau secrétaire au Trésor, nous rejoigne.» Last, but not least, plus de mille dirigeants d’entreprises – dont les patrons d’UBS, du Credit Suisse ou de JP Morgan Chase – se rendront à Davos pour y soigner leurs plaies. Leur mot d’ordre: sobriété et modestie.


Nous avons tout tenté pour avoir Obama»

André Schneider, vous êtes directeur général du World Economic Forum. Or, nombre de vos détracteurs vous accusent aujourd’hui d’être en partie responsable de la crise financière, pour avoir exalté les valeurs néolibérales de déréglementation ou de privatisation. Qu’avez-vous à leur répondre?

Si vous estimez que nous sommes d’accord avec toutes les idées de tous les participants, alors oui, vous pouvez dire que nous sommes coresponsables. Mais ces idées ne sont que l’expression des gens que nous invitons. Le WEF débat depuis longtemps des questions de développement durable ou d’éthique en économie, notamment des rémunérations ou des bonus des dirigeants d’entreprise. Mais je le reconnais: la critique qu’on peut nous adresser, à nous tous, est d’avoir peut-être trop suivi l’opinion majoritaire et pas suffisamment les voix divergentes. Ce sommet 2009 sera véritablement le moment de prendre en compte ces opinions discordantes.

Le thème de ce 39e sommet annuel est «Shaping the Post-Crisis World» (redessiner le monde de l’après-crise). Ambitionnez-vous de faire de ce Davos le «Bretton Woods» du nouveau millénaire?

Il existe certes une multitude d’organisations internationales (ONU, FMI, Banque mondiale, etc.) qui traitent des défis actuels. Mais il manque une plate-forme qui permette de rassembler, de manière informelle et non gouvernementale, tous les acteurs mondiaux, économiques, politiques, religieux, représentants de la société civile ou des ONG. Or, les problèmes sont aujourd’hui totalement interdépendants, étroitement liés les uns aux autres. Le WEF joue ce rôle depuis des années: être cette plate-forme informelle qui amène en un même lieu des gens d’horizons totalement différents afin, cette année, de comprendre comment on en est arrivé à une telle crise financière et économique et comment y remédier.

Ce Davos 2009 – exceptionnel – a-t-il compliqué son organisation?

Non, pas vraiment. Dès la fin du précédent sommet 2008, il était clair que les risques liés au système financier et, en particulier au subprime, étaient énormes. Nous avons donc «bâti» depuis un an ce sommet 2009 sur cette thématique, car nous étions conscients que les acteurs économiques seuls ne pourraient gérer un tel cataclysme. Mais nous avons également tenu à rappeler que la crise financière, et maintenant économique, n’est pas la seule qui nous menace. Le changement climatique, la pauvreté, l’accès à la nourriture ou à la santé restent majeurs.

Y aura-t-il également des débats politiques, autour du conflit israélo-palestinien par exemple?

Absolument, car nous voulons éviter le piège d’un sommet monothématique. Nous aurons ainsi des sessions, au plus haut niveau, dédiées à Gaza, où prendra notamment part le secrétaire général de la Ligue arabe, Amre Moussa, ainsi qu’un fort engagement sur les changements climatiques.

Et les Américains? La nouvelle administration sera-t-elle présente?

La date de l’investiture de Barack Obama nous a un peu compliqué les choses. Mais deux conseillers très proches du nouveau président seront présents. Lawrence Summers, son conseiller économique et qui sera au cœur de son administration, ainsi que son conseiller à la Sécurité, James Jones, viendront à Davos.

Avez-vous tenté de faire venir Barack Obama?

(Rires) Vous pouvez nous faire confiance, nous avons essayé toutes les voies possibles pour obtenir sa présence. Et nous avons l’espoir de parvenir à nos fins pour une édition prochaine du World Economic Forum.

Propos recueillis par Elisabeth Eckert et Pierre Ruetschi  




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Par ecoglobe le 22.01.2009 - 11:11

Chère Madame Eckert,
Cher Monsieur Ruetschi,

Dans votre article sur le WEF de ce matin vous écrivez "pour la première fois, le PIB pourrait chuter au-dessous des 8% en 2009" pour la Chine.

Bien sûr vous avez oublié les mots "taux de croissance économique". Petit erreur ou signe d'un certain raccourci que l'on peut remarquer dans les esprits des gens?

Dans mes discussions sur la croissance je remarque souvent que les gens équivalent la croissance avec "places de travail."

Force est de dire que la croissance économique signifie une augmentation, qui est exprimé en francs suisses dans le PIB et qui représente une hausse de consommation de ressources.

Dans notre ère écologique, où nous essayons de lutter contre le changement climatique et des pénuries environnementales qui menacent et en partie deviennent plus importants année après année, nous n'avons pas le droit d'augmenter notre pression sur la terre.

Un taux de croissance de 8 pourcent en Chine veut dire qu'en moins de dix ans la consommation de tout pris ensemble aura doublée.

Comparez le Tableau de taux de croissance http://www.ecoglobe.org/growth/f/croistab.htm .

Les ressources consommées sont pour la grande plupart non-renouvelables et les effets néfastes pour l'environnement sont sombres.

Sous ces points de vue il est à souhaiter que les mandataires politiques et les décideurs économiques révisent leur politique économique. Avec sa croissance économique ainsi de sa population, l'humanité a augmenté la pression sur la terre d'une façon insupportable. Les pénuries d'eau, le déboisement, le pic de pétrole immanent et le changement climatique en sont les résultats.

Malheureusement les cercles de pouvoir comme le WEF ne sont pas conscients de ces faits incontestables. Le WEF a comme slogan "Committed to improving the state of the world." En effet, le WEF toujours partisan de la croissance, est un des moteurs actifs qui empirent l'état de la planète.

Quand Monsieur André Schneider parle du "développement durable," il n'a pas saisi qu'aucun développement peut durer. Ce terme est contradictoire et trichant car le développement est toujours une augmentation et ça ne peut pas durer. Les limites sont très concrètes.

Plutôt que de soutenir la croissance, nous devons cibler une croissance zéro. Les augmentations de niveau de vie, souhaitables pour les démunis, doivent être compensées par une réduction de consommation dans les pays riches.

Reste à dire qu'il n'existe pas de croissance dite "différente", "immatérielle", "verte", "respectueuse de l'environnement" ou autre belle mais fausse descriptive. La croissance est toujours matérielle.

Que pensez-vous, Madame Eckert, Monsieur Ruetsch? Est-ce que ces arguments susmentionnés font du sens?

Meilleures salutations ... Helmut Lubbers

====

http://www.tdg.ch/actu/economie/crise-aidant-davos-2009-bat-records-2009...

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Par linario le 22.01.2009 - 11:37

Merci ecoglobe. Tous les politiciens ont encore à la bouche les termes de croissance et de PIB alors qu'on sait très bien que les pays développés consomment déjà bien plus que ce que la planète peut offrir comme ressources. Bien entendu, nous ne nous en rendons pas compte car
- les effets du changement climatique se font sentir d'abord où le climat est moins tempéré
- les ressources ne nous manquent pas du tout puisque nous pillons celles des pays du sud

  • Mais le niveau de vie des occidentaux aujourd'hui nécessiterait, si il était généralisé au monde entier, entre 2 et 8 planètes Terre selon les pays.

  • Ces cols blancs qui viennent se réunir chez nous ne vont rien remettre en question, ils ne vont absolument rien chercher à changer, ils vont continuer à parler de croissance, de développement des pays du sud, de petits ajustements du système financier etc. Ce qu'ils disent n'a aucun sens, aucun avenir. Ce sont des représentants des vieilles idées et solutions dont les gens sérieux savent qu'elles ne mènent à rien.

  • D'ailleurs, ils sont tellement légitimes qu'ils doivent s'isoler en haut d'une montagne au fin fond de la Suisse et nous devons renoncer à notre droit à manifester pour les accueillir à bras ouverts.

  • C'est honteux.

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    Par linario le 22.01.2009 - 09:53

    Magnifique, nos merveilleux chefs du monde vont se réunir et faire profil bas pour se faire pardonner et pouvoir continuer tranquillement leurs petites magouilles planétaires à l'avenir : pillages de ressources naturelles, destruction de l'environnement, exploitation des peuples avec toutes les crises (comme l'actuelle) qui vont avec !

  • Bien sûr, le bon peuple n'a qu'à la fermer, non seulement il ne peut pas approcher de Davos mais il n'a le droit de manifester nulle part.

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    Par qwert le 22.01.2009 - 09:52

    Alors ! les protestataire nous attendons vos propositions constructives autres que la reconstruction suite au pavés dans la vitrine.
    Faites donc un WAF (World Altermondialiste Forum) en même temps à Klosters (13Km de Davos) et invitez Kadhafi , succès garanti et court-circuitage du WEF à la clef, les journalistes et médias ne saurons plus où donner du stylo et de la caméra.

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