Après la dépression, l'euphorie: les Bourses du monde entier en hausse
Japon | Dans le sillage de Wall street et des places financières asiatiques, les Bourses européennes, rassurées par l'intervention des gouvernements, ont ouvert en hausse mardi. 
© Keystone | Les hommes d'affaires japonais ont le sourire: les indicateurs sont positifs.
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AFP | 14.10.2008 | 09:22
Les deux places boursières de Moscou ont ouvert en forte hausse mardi, le RTS gagnant 6,7% à 844,23 points et le Micex 12,05% à 746,67 points vers 07H00 GMT, soit une demi-heure après l’ouverture, se joignant avec une journée de retard à la tendance mondiale.
Moscou s’était distinguée lundi en étant la seule à clôturer en forte baisse, alors que ses paires étaient en pleine euphorie à la suite de l’adoption du plan européen anticrise.
Les analystes avaient expliqué cette anomalie par la mauvaise tenue des cours du pétrole et par le fait que Moscou, demeurée fermée vendredi, se trouvait en décalage par rapport aux autres places.
Celui-ci désormais comblé, le marché peut et va rebondir, ont estimé les analystes. "Les mesures de stabilisation de la situation dans le monde portent leurs fruits, les marchés grimpent, les cours du pétrole affichent aussi une dynamique positive, oubliant un temps les risques de récession mondiale", a commenté Alexandre Razouvaev, de la Sobinbank.
"L’action de stabilisation des autorités russes et internationales vont sans doute réussir. Les résultats financiers des entreprises occidentales vont aussi jouer un grand rôle. Aujourd’hui sur le marché russe nous prévoyons une hausse sensible et probablement nous verrons bientôt une stabilisation au niveau 1200-1400 points pour le RTS", contre un peu plus de 800 actuellement, a-t-il ajouté.
La Bourse de Paris a ouvert en nette hausse mardi, l’indice CAC 40 gagnant 2,15% à 3607,44 points, au lendemain d’une envolée historique de 11,18%, après l’annonce d’interventions massives des gouvernements européens et américain pour rassurer les marchés.
La Bourse de Londres bondissait mardi à l’ouverture, dans le sillage de Wall Street et des places asiatiques, l’indice vedette Footsie-100 gagnant 112,65 points, soit 2,65% par rapport à la clôture de lundi, à 4369,55 points.
L’indice vedette Dax de la Bourse de Francfort a ouvert mardi en hausse de 1,44% à 5135,14 points, après une hausse de plus de 11% la veille.
L’indice IMKB des valeurs vedettes de la Bourse d’Istanbul a ouvert sa séance mardi sur une hausse de 6,61% par rapport à la clôture la veille, saluant les mesures prises par les gouvernements et les banques centrales pour lutter contre la crise financière mondiale.
L’IMKB a gagné 1913,66 points, à 30'875,60 points, repassant au-dessus de la barre symbolique des 30'000 points pour la première fois depuis mercredi.
La veille, il avait terminé en hausse de 1,64%, à 28'961,94 points.
L’indice a perdu environ 17% la semaine dernière en dépit des assurances données par les responsables turcs selon lesquelles la crise mondiale aurait des effets limités sur l’économie nationale.
Des réformes menées dans le pays avec le soutien du Fonds monétaire international ont notamment consolidé le secteur bancaire après une crise financière majeure en 2001.
La Bourse de Tokyo s'envole
A la clôture, l’indice Nikkei 225, moyenne non pondérée des 225 valeurs vedettes, a gagné 1171,14 points (+14,15%) à 9447,57 points, pulvérisant le précédent record de hausse qui datait d’octobre 1990 (+13,24%).
Vendredi, le marché tokyoïte avait plongé de 9,62% au terme de la semaine la plus désastreuse de toute son existence (-24,33%). Il était fermée lundi, jour férié au Japon.
L’indice élargi Topix de tous les titres du premier tableau a pour sa part terminé mardi en hausse de 115,44 points (+13,73%) à 956,30 points.
Après les interventions massives des gouvernements européens et américain pour rétablir la confiance, toutes les places financières mondiales se sont envolées lundi et mardi. L’indice Dow Jones de la Bourse de New York a enregistré sa plus forte hausse en pourcentage (+11,08%) depuis 1933.
Les investisseurs japonais ont également salué un plan gouvernemental, annoncé mardi, pour soutenir le marché. Tokyo va notamment abolir les restrictions qui pesaient sur les entreprises souhaitant racheter leurs propres actions, et va geler la vente des participations de l’Etat dans les entreprises.
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Depuis quelques jours, il y a un concert de tamtam dans la volière et c’est la panique à bord. Il n’est plus possible d’avoir la moindre petite connexion médiatique (journaux, radio, TV, web) sans se retrouver littéralement submergé par un tsunami de hurlements échevelés: c’est la crise, c’est la crise, c’est la crise!
Ça a l’air de franchement chier dans le ventilo, vu comme cela...
Sans rire, vous n’en avez pas marre de vous faire dicter vos actions et émotions par les mêmes guignols, ceux-là mêmes qui ont rabâché sans rire pendant des années que le libéralisme et la dérégulation sont bons pour notre poil, qu’un bon citoyen est un citoyen qui se vautre comme un goret dans la consommation à outrance et à crédit, s’il vous plaît, qu’il faut aimer les riches et les patrons, parce que ce sont eux les forces vives, eux qui créent la richesse, laquelle, si elle est assez abondante au sommet finira par ruisseler doucement jusqu’aux assoiffés parqués sous la table du banquet? Cette agitation à la limite du Tourette viral serait drôle si elle n’était aussi pathétique.
Mais, putain, c’est la crise!
À les écouter, on va tous se retrouver dans une galère pire que dans un roman qui aurait été écrit par Steinbeck, Dickens et Zola réunis. Il ne nous reste qu’une issue: les écouter, approuver leurs plans de relance et filer sans moufter le blé que nous avons épargné, mois après mois, année après année, péniblement, sur les maigres subsides qui nous tiennent lieu de salaires. Car ce sont les mêmes, qui se foutaient de la gueule des Cassandre qui prétendaient que les arbres de l’immobilier ne peuvent monter jusqu’au ciel, qui ramènent leur science aujourd’hui pour nous expliquer qu’ils nous l’avaient bien dit (même pas le courage de leurs erreurs et aveuglements, ces faisans!) et que, pour s’en sortir, il faut filer plein, plein de pognon à leurs petits copains qui se sont bien gavés, jusqu’à vidanger le système et nous précipiter dans... la récession.
Ouf, voilà, le gros mot est lâché.
C’est pire qu’une crise, ce qui nous arrive, c’est une putain de récession, avec des millions de chômeurs, des boîtes qui ferment partout, des cantines compassionnelles pour pauvres et des SDF plein les rues des villes... comme d’hab’, quoi!
Parce qu’en fait, la crise n’est pas le problème, elle est le mode normal de fonctionnement du capitalisme. Le scénario est toujours le même: des mecs qui ont l’argent et qui avec veulent en gagner toujours plus, des montages financiers qui reposent sur du vent, l’emballement de la machine, le mythe de la croissance infinie dans un monde parfaitement fini, la prédation de tous contre tous, la montée des inégalités, le déferlement de la misère, encore plus de concentration de pouvoir et d’argent, le blanc-seing des politiques à cette curée hargneuse, la collaboration féroce des porte-flingues, des traîtres à leur classe, des sans-grade qui prennent les strapontins pour des marchepieds, des politicards qui vont à la soupe avec la même avidité qu’ils envoient leurs électeurs benêts à l’équarrissage et, au bout du compte et des mauvais calculs, le château de cartes s’effondre sur la piétaille pendant que les nantis organisent la faillite des nations pour se refaire avant le prochain tour de poker menteur.
Personnellement, je n’en ai rien à cirer de leur crise: je suis tombée dedans quand j’étais petite. Un soir, mon père est rentré du boulot avec une 4L. Il avait revendu, pour cause de crise du pétrole, la Commodore, la belle américaine morfale à la gigantesque banquette arrière où je m’allongeais pour les longs trajets.
Depuis ce moment-là, ça a toujours été la crise: éteindre la lumière en sortant d’une pièce, pour économiser, mettre un gilet en hiver plutôt que de monter le thermostat, bosser dur à l’école pour échapper au chômage galopant, collectionner les diplômes et les emplois de merde sous-payés, des loyers qui grimpent avec des revenus qui stagnent au mieux, toujours rogner, accepter le Smic comme plafond de verre et renoncer, petit à petit, à toujours plus de choses: les sorties, les restos, les loisirs, les journaux (ça, ça a été facile!), les fringues, les déplacements, les livres (ça, ça a été vraiment dur!), les soins, le chauffage... Là, il ne reste plus grand-chose à rogner en dehors de la bouffe et du logement, mais, même ce peu, ça fait encore envie aux charognards.
La récession guette les classes moyennes prévoyantes qui avaient placé leur éconocroques dans des PEA pour leur faire gicler au moins du 15% par an? Vont-ils devoir renoncer à la résidence tertiaire? Aux vacances d’entre saisons à Saint-Domingue (là où la vie des larbins est moins chère). Nous sommes des millions en face à nous être serrés la ceinture cran après cran, depuis des années, pour leur servir leur putain de 15 %, puis 20 %, puis 30 %... jamais assez et jamais envie de savoir d’où vient le fric. C’est bien connu, quand tu ne sais pas, tu n’es pas coupable, même pas complice. Suffit de regarder ailleurs, de prendre l’oseille et d’en profiter à fond les ballons, comme Louis, le gentil retraité que décrit François Ruffin dans son livre La Guerre des classes. Tout content d’avoir triplé sa mise en PEA en dix ans et refusant de voir le lien avec l’explosion des bas salaires, des temps partiels, du chômage, des Smicards. Pas voir, tout prendre.
L’économie Gillette
Bref, la crise, c’est la leur. La récession, c’est un petit coup de canif dans le bling-bling, c’est juste un nouvel écrémage de vainqueurs dans le petit lot de ceux qui pensaient avoir réussi à s’extraire au-dessus de la masse laborieuse et souffrante, c’est un réajustement de compteurs. Il ne faut pas croire que le fric a disparu. L’argent ne s’est pas évaporé, ce sont les promesses de gains anticipés sur notre travail réel qui ont été réétalonnées, un temps, sur l’économie réelle. Parce qu’ils ne peuvent finalement pas nous prendre plus de fric que celui qu’ils consentent encore à nous lâcher, fort parcimonieusement, par ailleurs. C’est ça, la crise des subprimes. L’étonnement de voir que les pauvres payés au lance-pierre n’allaient pas pouvoir payer deux fois leur valeur des baraques qui coûtent déjà plus d’une vie de labeur.
C’est sûr, quelle surprise!
La vraie surprise, pourtant, pour les loqueteux, ça aurait dû être de découvrir que l’argent qui manquait connement il y a quelques jours pour leur éviter de crever la bouche ouverte, cet argent aujourd’hui sort de partout pour colmater les dettes de jeu de ceux qui avaient pourtant déjà tout. Pas de fric pour l’école, la recherche, la santé, les retraites, les banlieues, les chômeurs, les fonctionnaires. Mais 10 fois, 100 fois, 1 000 fois plus de fric, comme ça, au débotté, pour combler les fouilles des banquiers. Ça, ça devrait être la putain de surprise, la vraie leçon de la crise. Et où comptent-ils trouver tout ce pognon qui leur faisait si cruellement défaut quand on en avait besoin pour honorer de simples engagements de l’État devant les citoyens? Ils hésitent: le livret A, le LEP... les petits bas de laine des gagne-petit. Plus une dette supplémentaire qu’il n’est plus subitement honteux de faire peser sur notre descendance. La dette pour les investissements humains, c’est mauvais. La dette pour nourrir l’ogre financier, c’est bien.
Le capitalisme, c’est comme les rasoirs Gillette: une première lame pour bien choper le pauvre et une seconde pour lui faire les poches. Puis une troisième, au cas où la seconde aurait oublié du pèze dans les coins inaccessibles. Et pourquoi pas une quatrième, pendant qu’on y est? Pour finir d’essorer le pauvre avant qu’il ne se rétracte. Directement dans le vif.
Tout ce qui compte, c’est de nous maintenir dans un état de panique permanent: le chômage, les talibans, la crise. Qu’on ait bien peur et que l’on soit prêt à suivre n’importe quel dogme, du moment qu’il sort de la bouche d’un homme providentiel. Pour que l’on soit dans l’urgence, pas dans la réflexion: vite, on est dans la merde, videz vos poches... heu, mais pas vos comptes en banque (on en a encore besoin!). Il nous faut avoir peur de la misère noire qu’annonce la crise qui déferle. Cette crise qu’ils nous agitent sous le nez comme une muleta pour que nous ne voyons pas que les seuls perdants, c’est nous, que le fric qui est aspiré goulûment par les boîtes noires commodément opaques des chambres de compensation, c’est le nôtre, que leur richesse, c’est notre pauvreté, qu’ils ont absolument besoin de nous pour continuer de la même manière alors que nous n’avons pas du tout besoin d’eux pour vivre mieux.
Parce que nous n’avons pas besoin d’eux et de leur système confiscatoire mortifère, alors qu’eux colonisent nos vies pour bâtir leurs fortunes.
Pas besoin d’eux pour construire autre chose, ici et maintenant.
Et les laisser dans leur merde.
Ce n’est pas une crise, c’est une révélation. Ce n’est pas le chaos, c’est la revanche du réel. Ce n’est pas la fin, mais peut-être bien le début.
Ils vont tenter de nous vendre au prix du sang leur monnaie de singe et leurs rêves de pierre, pour perpétuer le système. Le leur. Celui qui leur profite.
La vraie révolution, c’est de cesser de les croire, ne plus avoir peur et passer à autre chose, maintenant, ici et partout.
C’est pour cela que l’âge de la critique se termine ici et que commence enfin l’âge de faire.