Le salaire des patrons va changer
CRISE | Alors que s’allonge la liste des mesures prises pour calmer la tempête, certains fonctionnements, certaines réglementations devront déjà être modifiées. Six exemples.
© AFP | Bourse de Frankfort
ANNE GAUDARD | 14.10.2008 | 00:00
Un monde nouveau au lendemain de cet octobre sanglant? Comme toute crise, celle qui s’est accélérée récemment sera suivie d’un certain nombre de changements. En matière de réglementation notamment. Les instances politiques venues au secours de la finance, des banques et in fine de l’économie demandent des contreparties. Il s’agira de penser différemment en matière de salaires des patrons, de hedge funds, de fonds propres pour les banques, ou encore d’organisation des retraites. Certaines réactions resteront ponctuelles, d’autres plus durables. L’histoire ajoutera des chapitres à cette première liste. Qualifiera cet énième automne de crise. Jugera les mesures prises. Hier, le fraîchement élu prix Nobel d’économie, Paul Krugman, parlait de crise «terrifiante».
Des salaires de patrons plus moraux
Gordon Brown donne de la voix. Hier, le premier ministre britannique a assuré vouloir moraliser la rémunération des dirigeants de la City, en particulier les bonus. Et en Suisse? Le peuple votera à une date encore inconnue sur une initiative lancée par un entrepreneur alémanique, Thomas Minder. Le patron de Trybol veut donner aux actionnaires le pouvoir de fixer la somme globale des rémunérations du conseil d’administration et de la direction des sociétés cotées en bourse. Il propose aussi d’interdire les parachutes dorés. «Nos chances de gagner augmentent, analyse Thomas Minder. Les règles de transparence que s’est données la Bourse suisse ne suffisent plus. Même des voix de droite l’admettent désormais.» «Même si elle va très loin, cette initiative tombe au bon moment», estime Dominique Biedermann, de la Fondation Ethos. «Elle poussera le Parlement à renforcer les droits des actionnaires alors qu’il n’avait pas l’intention d’agir.» Conseiller national radical vaudois, Charles Favre admet que «le système de rémunération a pu pousser les patrons vers des prises de risques inconsidérés. On va donc vers une législation plus stricte. Mais la Suisse n’est pas une île. Il faudra trouver des solutions concertées avec l’étranger.» SG
Tous pour une nouvelle coordination mondiale?
L’économie réelle tout comme la finance sont désormais mondialisées comme jamais auparavant. La réponse politique doit l’être également. D’où la proposition avancée par certains chefs d’Etat de refonder les accords de Bretton Woods. Ces derniers accouchèrent en 1945 d’une nouvelle coopération internationale destinée à soutenir la croissance et le développement grâce à de nouvelles règles en matière monétaire et à la création de la Banque mondiale. Un nouveau Bretton Woods chercherait clairement à réguler le système financier dont la boîte à outils s’est incroyablement complexifiée depuis une trentaine d’années. Voilà pour le côté régulation du plan. Mais ce dernier ne saurait s’affranchir d’une notice d’intervention pour les situations de crise. Les marchés auraient-ils moins paniqué si d’entrée de jeu les grandes puissances économiques avaient agi de façon coordonnée? Aucune certitude, mais un sentiment: les bourses semblent s’être enfin calmées après que les Etats-Unis ont adopté le plan Paulson, que sept grandes banques centrales ont orchestré une baisse des taux et que les principaux gouvernements européens ont fait front commun pour assurer la stabilité de leurs banques et de leur épargne. PYF
Le grand retour de l’Etat régulateur
L’«interventionnite» aiguë d’Etats comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne – nationalisation comprise – a pour le moins surpris. L’Europe a suivi. Au final, des centaines de milliards d’euros ont coulé dans le système pour éviter les faillites bancaires, pour garantir l’épargne, pour huiler les rouages des prêts interbancaires. Profond changement de philosophie politique ou pragmatisme face à la profondeur de la crise? Si les pays européens ne fonctionneront plus jamais comme avant entre eux – davantage de concertation – mais aussi avec leurs institutions, rééquilibrage des relations entre gouvernement et Banque centrale -, certaines interventions restent temporaires, dictées par un certain pragmatisme, souligne en substance François Savary, responsable de l’investissement chez Reyl & Cie. D’autres sont plus durables, mais toujours limitées dans le temps – comme la garantie sur les prêts interbancaires qui court jusqu’à fin 2009. En revanche, ajoute l’économiste, l’interventionnisme étatique dans la réglementation du système et de son fonctionnement est, lui, durable, basé sur un vrai
changement philosophique. D’approche du risque.
Et qui changera le paysage bancaire. AGD
Les nouvelles normes arrivent pour les produits financiers
Plus jamais ça. Plus jamais de pareille dissémination du risque. Les instances internes aux banques, mais aussi les Etats, évoquent un renforcement de la réglementation entourant le monde bancaire et financier. Mais il ne peut se faire que sur le plan international, que de manière concertée. Impossible toutefois d’empêcher une prochaine bulle. Ceci dit, les termes de transparence, de gestion des risques dominent un vocabulaire dont pourraient en revanche disparaître des notions comme billets de trésorerie et autres modes de financement d’entreprises peu translucides ou certaines opérations de gré à gré. Voire les banques d’investissement. Sans oublier les ventes à découvert. En fait, parmi les tendances principales de la réglementation qui devrait voir le jour au soir de cet octobre sanglant figurent un retour à un système de financement des banques basé sur les dépôts ou encore une plus grande réglementation de la sphère des hedge funds - qui sera suivie d’une consolidation du secteur, prédit François Savary, responsable des investissements chez Reyl & Cie -. Sans oublier de nouvelles règles en matière de fonds propres dans les banques.AGD
Vers un affaiblissement du 2e pilier au profit de l’AVS?
Les caisses de pension font l’objet de toutes les spéculations. Pour la gauche, il s’agirait de réduire l’importance du 2e pilier au profit du 1er, en transférant une part des cotisations (un point, par exemple) vers l’AVS, esquisse Stéphane Rossini (PS/VS). «Cela impliquerait une baisse des rentes pour les haut revenus seulement, mais la sécurité des rentes en serait accrue.» Pourtant, l’AVS subit elle aussi la crise. A fin septembre, le fonds AVS, doté de 27 milliards de francs début 2008, avait perdu près de 10% (2,5 milliards). Et la chute se poursuit. Le 1er pilier est toujours «dans le vert», grâce à des placements qui ont rapporté 6 milliards entre 2003 et 2007. Néanmoins, souligne Jacques Grivel, fondateur de Fundo, société de conseil aux caisses de pension publiques, «il serait faux de miser davantage sur l’AVS». Car en matière de gestion à long terme, «les marchés font mieux que l’Etat». Le système de capitalisation du 2e pilier permettrait de «capter la croissance». Celle-ci est certes faible voire négative à court terme. «Mais il faut considérer les choses à long terme, en matière de retraites, soit au moins sur cinq ans», insiste Jacques Grivel. «Or, on n’a jamais vu une crise durer cinq ans.» RH
Des banques à l’image durablement écornée
Que l’image des mondes bancaires et financiers sorte écornée de la crise actuelle est sans doute un euphémisme. Pour autant, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain. On ne saurait se passer ni de banque, ni de finance. L’une et l’autre jouent un rôle crucial pour l’économie dite réelle.
Le Prix Nobel d’économie 2001 Joseph Stiglitz ne disait pas autre chose lors de sa conférence à Genève le 6 octobre dernier.
En revanche, il appelait les banques à se souvenir de leurs trois missions de base: «mobiliser l’épargne, allouer le capital de façon pertinente et gérer les risques». Certains établissements auraient oublié ces règles, alléchés par des perspectives de profit grâce à des produits financiers dont le modèle s’approchait de celui du jeu de l’avion. Ces exagérations suggèrent une nouvelle réglementation internationale, dirigée vers une plus grande transparence. Et celle-ci vaut aussi pour le conseil à la
clientèle.
Chaque produit proposé à un client devra lui être patiemment expliqué et adapté au niveau du risque qu’il entend prendre. Car c’est là que la confiance, pilier de l’activité bancaire, se construit. PYF
Notre dossier: L'économie mondiale en crise
Amen.
Bravo From Lignon, je pense que tu as résumé la pensée de tout le monde... d'ou viens toujours ces millions voir millards de cachés alors qu'il n'y a jamais d'argent pour rien dans notre société ????
Et après il faut croire en nos élus....
from_lignon Président! from_lignon Président!
@From_lignon : Bravo ! Tout est tellement vrai.
J'espère que votre optimise se révellera juste et que cette crise nous ammènera à plus de réflexion sur le système dans lequel nous vivons. Espérons aussi que nous saurons profiter de l'occasion pour tout remettre en question.
Grâce à cette crise, les gens se réveilleront peut-être et prendront enfin conscience que nous n'étions pas sur le bon chemin.
From superbe et très réaliste merci !
Depuis quelques jours, il y a un concert de tamtam dans la volière et c’est la panique à bord. Il n’est plus possible d’avoir la moindre petite connexion médiatique (journaux, radio, TV, web) sans se retrouver littéralement submergé par un tsunami de hurlements échevelés: c’est la crise, c’est la crise, c’est la crise!
Ça a l’air de franchement chier dans le ventilo, vu comme cela...
Sans rire, vous n’en avez pas marre de vous faire dicter vos actions et émotions par les mêmes guignols, ceux-là mêmes qui ont rabâché sans rire pendant des années que le libéralisme et la dérégulation sont bons pour notre poil, qu’un bon citoyen est un citoyen qui se vautre comme un goret dans la consommation à outrance et à crédit, s’il vous plaît, qu’il faut aimer les riches et les patrons, parce que ce sont eux les forces vives, eux qui créent la richesse, laquelle, si elle est assez abondante au sommet finira par ruisseler doucement jusqu’aux assoiffés parqués sous la table du banquet? Cette agitation à la limite du Tourette viral serait drôle si elle n’était aussi pathétique.
Mais, putain, c’est la crise!
À les écouter, on va tous se retrouver dans une galère pire que dans un roman qui aurait été écrit par Steinbeck, Dickens et Zola réunis. Il ne nous reste qu’une issue: les écouter, approuver leurs plans de relance et filer sans moufter le blé que nous avons épargné, mois après mois, année après année, péniblement, sur les maigres subsides qui nous tiennent lieu de salaires. Car ce sont les mêmes, qui se foutaient de la gueule des Cassandre qui prétendaient que les arbres de l’immobilier ne peuvent monter jusqu’au ciel, qui ramènent leur science aujourd’hui pour nous expliquer qu’ils nous l’avaient bien dit (même pas le courage de leurs erreurs et aveuglements, ces faisans!) et que, pour s’en sortir, il faut filer plein, plein de pognon à leurs petits copains qui se sont bien gavés, jusqu’à vidanger le système et nous précipiter dans... la récession.
Ouf, voilà, le gros mot est lâché.
C’est pire qu’une crise, ce qui nous arrive, c’est une putain de récession, avec des millions de chômeurs, des boîtes qui ferment partout, des cantines compassionnelles pour pauvres et des SDF plein les rues des villes... comme d’hab’, quoi!
Parce qu’en fait, la crise n’est pas le problème, elle est le mode normal de fonctionnement du capitalisme. Le scénario est toujours le même: des mecs qui ont l’argent et qui avec veulent en gagner toujours plus, des montages financiers qui reposent sur du vent, l’emballement de la machine, le mythe de la croissance infinie dans un monde parfaitement fini, la prédation de tous contre tous, la montée des inégalités, le déferlement de la misère, encore plus de concentration de pouvoir et d’argent, le blanc-seing des politiques à cette curée hargneuse, la collaboration féroce des porte-flingues, des traîtres à leur classe, des sans-grade qui prennent les strapontins pour des marchepieds, des politicards qui vont à la soupe avec la même avidité qu’ils envoient leurs électeurs benêts à l’équarrissage et, au bout du compte et des mauvais calculs, le château de cartes s’effondre sur la piétaille pendant que les nantis organisent la faillite des nations pour se refaire avant le prochain tour de poker menteur.
Personnellement, je n’en ai rien à cirer de leur crise: je suis tombée dedans quand j’étais petite. Un soir, mon père est rentré du boulot avec une 4L. Il avait revendu, pour cause de crise du pétrole, la Commodore, la belle américaine morfale à la gigantesque banquette arrière où je m’allongeais pour les longs trajets.
Depuis ce moment-là, ça a toujours été la crise: éteindre la lumière en sortant d’une pièce, pour économiser, mettre un gilet en hiver plutôt que de monter le thermostat, bosser dur à l’école pour échapper au chômage galopant, collectionner les diplômes et les emplois de merde sous-payés, des loyers qui grimpent avec des revenus qui stagnent au mieux, toujours rogner, accepter le Smic comme plafond de verre et renoncer, petit à petit, à toujours plus de choses: les sorties, les restos, les loisirs, les journaux (ça, ça a été facile!), les fringues, les déplacements, les livres (ça, ça a été vraiment dur!), les soins, le chauffage... Là, il ne reste plus grand-chose à rogner en dehors de la bouffe et du logement, mais, même ce peu, ça fait encore envie aux charognards.
La récession guette les classes moyennes prévoyantes qui avaient placé leur éconocroques dans des PEA pour leur faire gicler au moins du 15% par an? Vont-ils devoir renoncer à la résidence tertiaire? Aux vacances d’entre saisons à Saint-Domingue (là où la vie des larbins est moins chère). Nous sommes des millions en face à nous être serrés la ceinture cran après cran, depuis des années, pour leur servir leur putain de 15 %, puis 20 %, puis 30 %... jamais assez et jamais envie de savoir d’où vient le fric. C’est bien connu, quand tu ne sais pas, tu n’es pas coupable, même pas complice. Suffit de regarder ailleurs, de prendre l’oseille et d’en profiter à fond les ballons, comme Louis, le gentil retraité que décrit François Ruffin dans son livre La Guerre des classes. Tout content d’avoir triplé sa mise en PEA en dix ans et refusant de voir le lien avec l’explosion des bas salaires, des temps partiels, du chômage, des Smicards. Pas voir, tout prendre.
L’économie Gillette
Bref, la crise, c’est la leur. La récession, c’est un petit coup de canif dans le bling-bling, c’est juste un nouvel écrémage de vainqueurs dans le petit lot de ceux qui pensaient avoir réussi à s’extraire au-dessus de la masse laborieuse et souffrante, c’est un réajustement de compteurs. Il ne faut pas croire que le fric a disparu. L’argent ne s’est pas évaporé, ce sont les promesses de gains anticipés sur notre travail réel qui ont été réétalonnées, un temps, sur l’économie réelle. Parce qu’ils ne peuvent finalement pas nous prendre plus de fric que celui qu’ils consentent encore à nous lâcher, fort parcimonieusement, par ailleurs. C’est ça, la crise des subprimes. L’étonnement de voir que les pauvres payés au lance-pierre n’allaient pas pouvoir payer deux fois leur valeur des baraques qui coûtent déjà plus d’une vie de labeur.
C’est sûr, quelle surprise!
La vraie surprise, pourtant, pour les loqueteux, ça aurait dû être de découvrir que l’argent qui manquait connement il y a quelques jours pour leur éviter de crever la bouche ouverte, cet argent aujourd’hui sort de partout pour colmater les dettes de jeu de ceux qui avaient pourtant déjà tout. Pas de fric pour l’école, la recherche, la santé, les retraites, les banlieues, les chômeurs, les fonctionnaires. Mais 10 fois, 100 fois, 1 000 fois plus de fric, comme ça, au débotté, pour combler les fouilles des banquiers. Ça, ça devrait être la putain de surprise, la vraie leçon de la crise. Et où comptent-ils trouver tout ce pognon qui leur faisait si cruellement défaut quand on en avait besoin pour honorer de simples engagements de l’État devant les citoyens? Ils hésitent: le livret A, le LEP... les petits bas de laine des gagne-petit. Plus une dette supplémentaire qu’il n’est plus subitement honteux de faire peser sur notre descendance. La dette pour les investissements humains, c’est mauvais. La dette pour nourrir l’ogre financier, c’est bien.
Le capitalisme, c’est comme les rasoirs Gillette: une première lame pour bien choper le pauvre et une seconde pour lui faire les poches. Puis une troisième, au cas où la seconde aurait oublié du pèze dans les coins inaccessibles. Et pourquoi pas une quatrième, pendant qu’on y est? Pour finir d’essorer le pauvre avant qu’il ne se rétracte. Directement dans le vif.
Tout ce qui compte, c’est de nous maintenir dans un état de panique permanent: le chômage, les talibans, la crise. Qu’on ait bien peur et que l’on soit prêt à suivre n’importe quel dogme, du moment qu’il sort de la bouche d’un homme providentiel. Pour que l’on soit dans l’urgence, pas dans la réflexion: vite, on est dans la merde, videz vos poches... heu, mais pas vos comptes en banque (on en a encore besoin!). Il nous faut avoir peur de la misère noire qu’annonce la crise qui déferle. Cette crise qu’ils nous agitent sous le nez comme une muleta pour que nous ne voyons pas que les seuls perdants, c’est nous, que le fric qui est aspiré goulûment par les boîtes noires commodément opaques des chambres de compensation, c’est le nôtre, que leur richesse, c’est notre pauvreté, qu’ils ont absolument besoin de nous pour continuer de la même manière alors que nous n’avons pas du tout besoin d’eux pour vivre mieux.
Parce que nous n’avons pas besoin d’eux et de leur système confiscatoire mortifère, alors qu’eux colonisent nos vies pour bâtir leurs fortunes.
Pas besoin d’eux pour construire autre chose, ici et maintenant.
Et les laisser dans leur merde.
Ce n’est pas une crise, c’est une révélation. Ce n’est pas le chaos, c’est la revanche du réel. Ce n’est pas la fin, mais peut-être bien le début.
Ils vont tenter de nous vendre au prix du sang leur monnaie de singe et leurs rêves de pierre, pour perpétuer le système. Le leur. Celui qui leur profite.
La vraie révolution, c’est de cesser de les croire, ne plus avoir peur et passer à autre chose, maintenant, ici et partout.
C’est pour cela que l’âge de la critique se termine ici et que commence enfin l’âge de faire.