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Un vent de folie burlesque flotte sur La Bâtie

Rencontre | Le décapant vidéaste nantais Pierrick Sorin est l’invité de cette édition 2009.

© DR | L’univers loufoque de Pierrick Sorin. «Je fais partie des gens qui n’ont plus énormément de valeurs, mais qui sont prêts à faire semblant d’en avoir, simplement parce que cela constitue un matériau avec lequel on peut jouer».

LIONEL CHIUCH | 27.08.2009 | 00:01

Neuf heures du matin. Autant dire l’aube. Pierrick Sorin, vidéaste iconoclaste invité de La Bâtie-Festival 2009, émerge peu à peu. Commande un café. Rassemble ses idées.

Déjà deux jours que ses petits Théâtres optiques sont visibles à Saint-Gervais. La grande Exposition-parcours très animée qui rend hommage à Georges Méliès débute, elle, samedi à Forum Meyrin. D’autres œuvres – projections, installations, expos photos – permettront d’appréhender le travail d’un artiste qui a ses entrées à la Tate Gallery de Londres et au Musée Guggenheim de New York. Et qui, pour l’heure, commande un second ristretto…

Méliès, est-ce une clé de lecture pour accéder à votre travail?

Il y a une proximité. Mais ce n’est pas un lien fondamental. Je l’ai connu très tard, vers 30 ans, alors que je faisais des choses depuis déjà dix ans. A l’époque, j’étais plus intello que maintenant, et il me fascinait par son inventivité. Mais le contenu de ses histoires ne m’intéressait pas: je trouvais ça trop populaire. Plus tard, j’ai découvert qu’il y avait de vraies affinités, notamment des dessins dont on aurait pu croire que je les avais copiés…

«Plus intello»? Cela signifie-t-il qu’il y a moins d’exigence désormais?

Il y a une certaine perte d’exigence qui est liée au fait que les commandes se multiplient. Donc on s’éloigne un peu de soi-même, on ne pense plus à: «Qu’est-ce que je vais faire?» «Qu’est-ce que j’ai à dire?» Juste: «Je vais répondre le mieux possible à cette commande.»

Et le désir, aujourd’hui, quel serait-il?

J’aspire à revenir à des choses avec plus de fond. Dans l’exposition à Saint-Gervais, il y a des textes qui réapparaissent, accompagnés de photos. Comme s’il y avait un retour à la narration, mais aussi à quelque chose qui ne fait pas partie de l’esbroufe visuelle, qui tende vers une réflexion sur la vie. C’est pour ça que je me sens plus influencé par des gens comme Tati: ce n’est pas du cinéma intellectuel, mais il y a quand même des couches de lecture, toute une recherche que je ne retrouve pas chez Méliès, où la poésie l’emporte.

Comment débute votre idylle avec l’image?

Ça commence très tôt: sous forme de BD dès l’enfance. Après, vers 15 ans, je joue dans des films que mon père tourne. Puis je deviens instituteur
pendant des années, tout en continuant à faire des films…

Ensuite, vous passez par une école d’art…

Nous sommes dans les années 85-86, et là ça devient sérieux. Je me mets à faire mes autofilmages et très vite le succès arrive. C’est diffusé à la télévision, les musées commencent à m’accueillir…

A part Tati, quels artistes vous ont inspiré?

Un tout petit peu Godard. Sinon, plutôt le cinéma burlesque…

On évoque souvent Buster Keaton à votre propos…

Non, c’est plutôt Laurel et Hardy. De toute façon, Keaton, il était en moi dès l’enfance.

Le désir d’aller vers le narratif, est-ce lié à l’envie de faire du cinéma?

Le théâtre optique, c’est bien, mais ça reste des effets visuels qui ne racontent pas grand-chose sur le monde. Une fonction de l’art, c’est quand même de modifier un peu le regard des gens sur la société. Alors, si on ne fait que des effets visuels, on fait plaisir aux gens, mais ça n’affecte pas beaucoup leur regard.

L’art peut-il changer le monde?

Je crois que la technique est beaucoup plus efficace. Si Marcel Duchamp n’avait pas existé, ça n’aurait pas changé grand-chose. En revanche, si le téléphone portable n’avait pas existé… Mais il ne nous faut pas que des évolutions scientifiques ou technologiques. Sinon, on serait un peu moribond…


Petit guide à l’adresse des festivaliers largués

La Bâtie

❚ Comment s’y retrouver dans une programmation aussi variée que pléthorique? Il existe heureusement un petit guide du festival, à se procurer dans la quasi-totalité des lieux culturels genevois. On le trouvera forcément à la billetterie centrale sise au théâtre Saint-Gervais, 5, rue du Temple. Autre adresse utile, celle du site – bien fait en dépit de petites pannes – de la manifestation: www.batie.ch

Rappelons que cette année, pour la première fois, il est possible d’acheter et d’imprimer ses billets directement chez soi.

A quand le spectacle à domicile? Il existe par ailleurs des cartes de festivalier (100 francs en plein tarif), qui permettent de bénéficier de réductions.

Les grands axes disciplinaires de La Bâtie restent le théâtre, la danse et la musique. De nombreuses performances n’hésitent pas en outre à mêler les genres.

La Bâtie, c’est aussi un lieu festif pour poursuivre la nuit: le Manitoba (Palladium, 3 bis, rue du Stand). Les festivaliers peuvent également se retrouver au Tampopo (salle du Faubourg, 8, rue du Terreaux-du-Temple). On déguste petits et grands plats du monde entier dans ce restaurant à l’esprit lounge.

La Bâtie accueille enfin des ateliers (initiation à la musique électronique, danse des vilains petits canards, goûter mode d’emploi et Tirer le maximum du minimum) et propose des conférences, tables rondes et discussions. Au total, le festival – du 28 août au 12 septembre – se répartit sur 23 lieux, dont deux sont situés en France voisine (Château-Rouge à Annemasse et L’Esplanade du Lac à Divonne-les-Bains).

Le reste, comme il se doit, est affaire de sensibilité…




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