De «L’Oxygène» pour la scène russe
Culture | A l’Est, le renouveau théâtral passe par Ivan Viripaev. Ce soir à la Comédie.
© Benjamin Renout | «Oxygène»
LIONEL CHIUCH | 02.03.2010 | 00:00
Vieille histoire que celle du théâtre russe. Qui prend ses marques à la cour d’Alexeï Romanov en 1673, rebondit au travers des classiques du début du XXe siècle et s’essouffle avec la dramaturgie réglementée du régime communiste.
Avec la chute du Mur, on a pu croire que les jeunes auteurs allaient renverser les samovars poussiéreux du réalisme. En fait, privé d’une part de ses subventions, le théâtre russe s’est lancé dans une fuite en avant commerciale, ou le médiocre a souvent côtoyé le pire. «J’avais le sentiment que le théâtre était un espace mort», nous confiait récemment Andrey Guelassimov (La Soif), qui s’était destiné à une carrière de dramaturge avant de bifurquer vers le roman.
Il faut attendre la fin des années 1990 pour qu’une nouvelle génération d’auteurs décide de réinvestir les scènes. Le premier round est d’observation, avec des artistes tels qu’Alexeï Chipenko, l’ex-leader d’un groupe de rock, ou encore Evgueni Grichkovets, qui déclare «essayer de raconter une histoire à travers le regard d’une personne».
Théâtre documentaire
Fini, donc, les visions collectives. Place aux points de vue singuliers. Cette démarche se cristallise au sein du festival Lubimovka, qui se déroule chaque année près de Moscou et se consacre aux nouvelles écritures. C’est au sein de cet immense laboratoire, où se croisent auteurs, metteurs en scène et comédiens, que se développe le théâtre documentaire.
Le mouvement, dont les origines remontent à 1999, est né au contact du milieu alternatif russe et du théâtre londonien Royal Court. Ses ambitions: rendre compte du présent et, comme le relève Tatiana Moguilevskaia (Sorbonne), «se purifier au contact de la vie réelle». Musique et montage littéraire font également partie du processus.
C’est de ce bouillonnement iconoclaste qu’est issu Ivan Viripaev, dont la Comédie propose dès ce soir Oxygène dans une mise en scène de Galin Stoev. Sur fond de romance improbable, le dramaturge revisite les Dix commandements avec un humour ravageur et une bonne dose de techno. «Parler de Dieu veut dire se parler à soi-même», déclarait-il récemment dans un entretien à Mouvement. «Peu importe que vous soyez croyant ou pas. Je suis athée, mais j’aime Dieu plus que tout au monde. Aucun autre sujet ne m’intéresse». Retour de l’opium du peuple? Oui, mais désormais paré de vertus stimulantes…
Oxygène. A la Comédie de Genève. Du 2 au 7 mars. Rés. 022 320 50 01