Gilberto Gil, un géant de la pop brésilienne à Saint-Julien

Rencontre | L’ancien ministre de la Culture joue dimanche au festival Guitare en scène. Interview.

© NICOLAS CELAYA/XINHUA/GAMMA | Gilberto Gil. Cofondateur du mouvement tropicaliste dans les années 60, le chanteur reste aujourd’hui une des plus importantes figures tutélaires de la musique populaire brésilienne. A écouter ce dimanche à Saint-Julien-en-Genevois.

FABRICE GOTTRAUX | 30.07.2010 | 00:01

Il est un des pères fondateurs de la pop brésilienne, celui par qui l’Occident, le rock, le songwriting et le psychédélisme sont entrés de plain-pied dans la musique sud-américaine.

A 68 ans, Gilberto Gil est un géant. Tout comme Caetano Veloso, son compère de la première heure avec qui il a lancé le mouvement tropicaliste dans les années soixante, contestation propre en ordre de la culture nationaliste brésilienne, et ce faisant, ennemi juré de la dictature militaire.

Un demi siècle plus tard, Gilberto Gil campe au sommet du panthéon musical de son pays. Serait-ce lui désormais le tenant de la «tradition»? Son passage dans le gouvernement Lula en tant que ministre de la Culture, de 2003 à 2008, suggérait plutôt un relâchement de sa carrière musicale.

Gil, finalement, a démissionné de son poste, non sans ramasser quelques jolies critiques de la part de ses adversaires. Lui-même ne déclarait-il pas ne pas être assez payé au gouvernement? Faire tourner la maison, nourrir ses musiciens, rémunérer son équipe – artistique, s’entend… la raison économique le renvoie finalement sur les scènes du monde entier. Et puis ces mêmes scènes, Gilberto Gil, de son propre aveu, ne les fréquentait plus assez à son goût.

Superbe «BandaDois»

Alors revoici Gilberto Gil, fringant troubadour des temps modernes, ambassadeur sans pareil pour faire passer la langue du Brésil outre-Atlantique. Après avoir sorti coup sur coup deux albums, un «live» en duo, le superbe BandaDois, et un disque studio, Fé na Festa, moins convaincant, Gilberto Gil sera en concert à Saint-Julien-en-Genevois, au festival Guitare en scène ce dimanche 1er août. Autant dire qu’il y a un monstre de la «MPB», la musique populaire brésilienne, aux portes de Genève. On s’aplatit, on tend l’oreille. Celui-là est un généreux. Qui n’hésite pas, entre deux dates de sa tournée, à répondre à nos questions, en français qui plus est. Interview.

Qu’a apporté le tropicalisme à la culture brésilienne?

Beaucoup de liberté. Cela concerne autant les arrangements nouveaux que l’usage de la guitare électrique qui, avant, était considérée comme un instrument n’appartenant pas à la culture brésilienne. Et puis on s’est mis à écrire des paroles plus modernes et à porter des vêtements drôles aussi.

Le tropicalisme a-t-il encore un sens aujourd’hui?

Certainement. Le tropicalisme, je le vois partout. Il est notamment très présent dans le mouvement Mangue Beat, né dans la région du Pernambuco dans les années 1990, qui mélange de tout, des instruments amérindiens au rock le plus violent. Voilà, du reste, un des mouvements les plus importants de ces dernières décennies. Il y a là également les musiciens qui me séduisent le plus aujourd’hui, Carlinhos Brown, Arnaldo Antunes et Adriana Calcanhotto, pour ne citer qu’eux.

Dans les années 70, on a dit de la culture brésilienne qu’elle ingérait et digérait les cultures étrangères pour ensuite faire du neuf. En 2010, le fonctionnement reste-t-il le même?

Au Brésil, c’est certain, on a toujours un esprit anthropophagiste. Et le Brésil en soi est un tel mélange d’influences qu’on ne peut fonctionner différemment.

Pour commencer, on a le mélange amérindien, noir et portugais. Puis sont venus les Français, les Hollandais, les Libanais et les Syriens. Et plus récemment encore, les Allemands, les Italiens et les Japonais. São Paulo est la deuxième plus grande ville japonaise au monde après Tokyo! Alors, forcément, le goût du mélange, c’est inévitable.

Vous-même, qu’elle est votre place dans la musique populaire du Brésil? Faites-vous office de patriarche? De vieux loup?

Tenir un rôle spécifique ne me convient pas. Je me contente de faire au mieux mon travail de musicien. Tourner au Brésil et ailleurs dans le monde, en soi, cela me suffit amplement comme reconnaissance.

L’accordéon comme la musique du Nordeste brésilien – une région des plus pauvres – a une place importante dans votre musique. Avez-vous été un pionnier dans sa diffusion, notamment en Europe?

Le pionnier dans la diffusion de ce style, c’était le «roi» Luiz Gonzaga. Ma première idole. Et la première véritable pop star du Brésil. En ce qui me concerne, et en toute modestie, le show que je présenterai dimanche à Saint-Julien est dédié aux musiques du Nordeste. L’accordéon y tient la vedette.

Que vous a apporté, à titre personnel, votre mandat de ministre de la Culture?

Une expérience administrative, la capacité de bien organiser mon temps, de la discipline!

Bon pour le C.V., en somme. Et qu’avez-vous amené au Brésil durant ce mandat?

Je ne suis pas capable de répondre… Il faut demander à d’autres que moi!

Cela dit, musique et politique, voilà un cocktail qui semble assez dangereux…

Pas du tout! On s’étonnait de voir un artiste populaire au Ministère, mais je n’étais pas le premier. Il y a eu Melina Mercouri en Grèce, Ruben Blades au Panama… A mon sens, s’il y a moyen d’amener sa sensibilité d’artiste dans un ministère, la chose est plutôt bonne.

Qu’est-ce qui vous motive à reprendre la route des concerts?

L’amour de la musique. M’amuser et amuser les autres, voilà ce pour quoi je m’attache à faire, encore, de la scène.

Gilberto Gil, en concert au festival Guitare en Scène, Saint-Julien-en-Genevois, dimanche 1er août, à 21 h 30.

 




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