Le couteau suisse fait une percée au musée
Symboles | Le Musée national honore cette icône helvétique qu’est le canif pliant.
© Patrick Martin | Le plus grand couteau du monde. Doté de 314 lames – dont un harpon et des instruments pour couper toutes sortes de fromages – il a été fabriqué, à la main évidemment, par Hans Meister à Saint-Gall en 1991.
PASCALE ZIMMERMANN | 20.11.2009 | 00:02
Savez-vous que le plus grand couteau pliant au monde possède 314 lames, un harpon et pèse 4 kilos? Que le plus petit mesure 3 millimètres et se regarde à la loupe? Que les fiancés italiens avaient coutume de s’offrir des couteaux pour s’encourager à une mutuelle fidélité?
L’exposition «Couteau suisse. Objet culte», qui ouvre ses portes aujourd’hui au Musée national suisse de Prangins, fourmille de mille anecdotes semblables, amusantes, érudites. On y apprend que les premiers galets aux arêtes tranchantes ont 2 millions d’années. On y admire des couteaux d’amitié du XVIIIe siècle, à partager en deux et à reconstituer lorsqu’on se retrouve. On y découvre des trocarts pour dégonfler la panse des ruminants ayant brouté trop d’herbe. Des lames à lisser les plumes à chapeaux des élégantes du XIXe siècle. Des illusions de magicien pour faire mine de s’être transpercé le bras.
«Tapez couteau suisse sur Internet, vous aurez 358 000 occurrences en français. Tapez Swiss Army Knife, vous en aurez 1 million et demi en anglais. Si ce n’est pas un objet culte, ça…!»s’exclame la directrice du Musée national suisse. Nicole Minder accueille avec enthousiasme à Prangins l’exposition montée par son homologue du Musée national de Schwytz. Différents aspects du canif à tout faire sont passés en revue: culturel, symbolique, professionnel, militaire, artistique (le Swiss Army Knife a ses entrées au MOMA de New York). Dans de longues vitrines, sur du velours rouge, se côtoient pacifiquement dagues, poignards et coutelas, la plupart se pliant avec complaisance au format de poche, et cela depuis l’époque romaine.
Un atelier de fabrication du fameux couteau de Victorinox est installé dans une deuxième salle. Et là – ô joie! – le visiteur curieux et prévoyant (il faut impérativement réserver) a le loisir de fabriquer lui-même un joli canif de 23 pièces. «Un bon ouvrier en fait entre 300 et 500 par jour», glisse Urs Wyss-Elsener, tempérant la fierté de l’artisan du dimanche qui a mis dix bonnes minutes à réaliser son ouvrage…
Clé USB et Power Point
Urs Wyss-Elsener appartient par sa femme à la dynastie de Carl Elsener, fondateur de l’entreprise Victorinox qui fête ses 125 ans d’existence et emploie 920 personnes. Tout n’est pas robotisé à Ibach, dans le canton de Schwytz. «Les séries qui comptent moins de 25 000 pièces par an sont montées à la main. Nos plus grosses productions peuvent atteindre, elles, 500 000 unités.» Comme en 1891, date de la livraison par l’entreprise de Carl Elsener des premiers couteaux pliants à l’armée suisse, Victorinox continue d’armer les recrues helvétiques.
Elle équipera aussi sans doute, cette année, une armada de golden boy s: arrive pour Noël un couteauéquipé non seulement d’une clé USB, mais d’une fonction Power Point et d’un pointeur. Du très pointu!
❚ «Couteau suisse. Objet culte» au Musée national suisse de Prangins, jusqu’au 25 avril. Rens. 022 994 88 90 et www.expocouteausuisse.ch