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Le buste de Néfertiti à Berlin serait un faux

Egypte | Henri Stierlin s’attaque à la statue pharaonique la plus célèbre du monde.

© AFP | La Néfertiti de Berlin. Pour Henri Stierlin, il s’agit d’un faux expérimental sculpté en 1912. Le Musée de Berlin, lui, parle d’un original très retouché pour devenir plus séduisant.

ÉTIENNE DUMONT | 04.04.2009 | 00:00

En octobre, si tout va bien, le Neues Museum de Berlin proposera ses nouvelles salles égyptiennes. Les collections auront été déménagées de l’ancien musée de Charlottenburg. Dans un écrin dessiné par l’architecte ­David Chipperfield, le célébrissime buste polychrome de Néfertiti jouera les vedettes. Pas de chance! Pour Henri Stierlin, il s’agit là d’un faux. Le Genevois d’adoption s’en explique dans un petit livre, récemment paru chez Infolio.

«Je dois dire que ce buste m’a toujours dérangé», confie l’écrivain. «Je le trouve kitsch. Un peu Art nouveau, déjà Art déco, il correspond trop à l’esthétique à la mode lors de son exhumation en 1912 par l’archéologue allemand Ludwig Borschardt.» Intrigué, Henri Stierlin s’est penché sur cette sculpture supposée remonter au XIVe siècle av. J.-C. «J’ai trouvé que, des épaules coupées droit à l’œil manquant, tout sortait des normes dans cette œuvre, dont la découverte reste par ailleurs bien obscure.»

Expérience scientifique

Durant un quart de siècle, notre interlocuteur a donc investigué. «Je savais qu’il me faudrait de solides arguments pour aller contre l’admiration générale.» L’homme ne possède aucune preuve matérielle de la supercherie. «Mais c’est impossible! Le buste est fait de plâtre, avec un noyau de pierre. Ces matériaux échappent à l’analyse chronologique. Quant à la peinture, elle est forcément d’époque. Borschardt avait mis au jour un important stock de pigments pharaoniques.»

Avec un faisceau d’indices, Henri Stierlin a fini par reconstituer l’histoire probable de la statue. «Au départ, à mon avis, il n’y a pas malhonnêteté. Borschardt a exhumé d’admirables têtes de Néfertiti. Mais tous restaient lacunaires. Le chercheur a donc demandé au sculpteur restaurateur de sa mission archéologique, qui s’appelle Mark ou Marx, de lui en fabriquer une, en s’appuyant, pour compléter les manques, sur des bas-reliefs existants.» Bref. L’Allemand a agi comme le font aujourd’hui les scientifiques en utilisant l’ordinateur pour reconstituer une œuvre ancienne.

Le grand malentendu

Manque de pot! Débarquent alors sur le Nil des membres de la famille régnante de Saxe. Visite de courtoisie sur le chantier de Tell-el-Amarna. Deux princesses s’extasient sur le buste, qu’elles trouvent sublime. Nul n’ose les détromper. «C’eût été là un crime de lèse-majesté.» L’œuvre sort d’Egypte en 1913, par la valise diplomatique. Il s’agit moins de voler l’œuvre que de l’escamoter. A Berlin, elle ne finit d’ailleurs pas au musée, mais chez le mécène de la campagne archéologique. «C’est sous la pression des amateurs d’art que Borschardt bâcle, en 1923 seulement, un vague rapport sur sa pseudo-découverte.»

C’est maintenant trop tard pour revenir en arrière. La statue entre en fanfare dans les collections publiques. Le grand mensonge commence. Tout pourrait s’arranger en 1930 avec une Egypte s’estimant spoliée. Un échange est prévu. Le buste contre quelques très belles statues. L’accord tombera. «Hitler adorait hélas le buste. Il croyait que Néfertiti était une princesse hittite et par conséquent aryenne.» On sait que l’Egypte réclame aujourd’hui l’œuvre à cor et à cri. Le directeur des antiquités Zahi Hawass multiplie les interventions dans ce sens.

Une vache à lait

Publié discrètement ( Je ne voulais pas subir de pressions de Berlin, comme c’eût été le cas avec un ouvrage de luxe annoncé à l’avance), le livre actuel modifiera-t-il le crédit de la statue? Rome n’a jamais déclassé le « Trône Ludovisi», relief grec archaïque dénoncé comme faux par l’expert Federico Zeri. «Je ne le pense pas. Néfertiti est la Joconde de Berlin. Sa vache à lait. Les conservateurs risquent moins de revenir sur leur position que ceux du Louvre. Ils viennent d’accepter la fausseté d’un objet de verre égyptien d’une importance capitale.»

Le hasard faisant bien les choses, le Neues Museum vient de se fendre d’un communiqué. Il admet d’importantes «retouches» au buste. Disparue, la bosse sur le nez. Creusées à la Marlene Dietrich, les deux joues. Néfertiti aurait ainsi été rendue conforme à l’idéal féminin de la première moitié du XXe siècle.

S’agit-il là d’un premier pas?

«Le buste de Néfertiti, une imposture de l’égyptologie?» d’Henri Stierlin aux Editions ­Infolio, 137 pages.




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