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La BD genevoise frappe les trois coups

culture | La Comédie ouvre sa galerie aux auteurs et éditeurs locaux.

© Olivier vogelsang | Nicolas Robel, Daniel Pellegrino et Christian Humbert-Droz. Trois mousquetaires de l’édition BD indépendante.

Philippe Muri | 26.02.2009 | 00:01

Dans le monde des bulles, Genève occupe une place à part. La bande dessinée y est vivace, créative, dynamique. Autant de qualités qui ont séduit Anne Bisang. En écho à l’adaptation du manga Quartier lointain sur les planches, la directrice de la Comédie ouvre sa salle d’exposition à différents auteurs du cru. Isabelle Pralong, Nadia Raviscioni, Peggy Adam, Frederik Peeters, Wazem et Baladi exposent des planches originales, extraites d’albums édités ou en cours de réalisation. Un miroir tendu à l’édition indépendante genevoise, également représentée par trois de ses membres éminents, B.ü.L.b. Comix, Atrabile et Drozophile. Un trio d’artisans qui œuvre en faveur d’une bande dessinée sortant des cadres. Dans l’ombre des grands éditeurs BD, leur aventure dure depuis plus de dix ans, avec des hauts et des bas. Sacré challenge que celui de Nicolas ­Robel, Daniel Pellegrino et Christian Humbert-Droz…
Comics Comédie, 6, bd des Philosophes, jusqu’au 17 mars. Ma-ven 10 h 30-18 h et les soirs de spectacle. Entrée libre.


B.ü.L.b. Comix: l’éclectisme
Au vocable «alternatif», Nicolas Robel préfère le terme «indépendant».
La bande dessinée que défend le jeune éditeur genevois à l’enseigne de B.ü.L.b. Comix procède d’un goût certain pour l’éclectisme.
Un coup d’œil au nouveau site Internet (www.bulbfactory.ch/ comix) de cette maison née en 1996 suffit à s’en convaincre. Conçus avec un soin maniaque par Robel et son complice Mathieu Christe, les  livres de B.ü.L.b. Comix marient auteurs connus et inconnus. Graphisme épuré, récits intimistes, les BD publiées possèdent, comme il dit, «un côté laboratoire, mais maîtrisé». A l’image des ouvrages lilliputiens édités dans la collection «2W», des petites boîtes contenant chacune cinq mini-albums. Deux nouveautés viennent de paraître. Pour quel public? «Un lectorat très mélangé, intéressé à la fois par l’art contemporain, les livres d’artistes, la BD et l’illustration.» Chez B.ü.L.b., les livres vendus paient les parutions à venir. «Je ne reçois aucune subvention», précise Nicolas Robel.  «Le positif, c’est de faire ce qu’on a envie, sans contrainte.»

Atrabile: la radicalisation
Atrabile? Une certaine idée de la bande dessinée. Un travail de fourmi. Des doutes chroniques. Parmi d’autres, les trois points figurent dans le dernier catalogue de la petite structure fondée en 1997 par Daniel Pellegrino et Benoît Chevallier. Judicieux résumé.  Initialement créée pour promouvoir des auteurs locaux (Peeters, Baladi, Isabelle Pralong, Nadia Raviscioni), la maison d’édition genevoise a rapidement étoffé son catalogue, ouvert à toutes les vibrations artistiques, d’où qu’elles viennent. Son best-seller? L’émouvant Pilules bleues, de Frederik Peeters, plus de 30 000 exemplaires écoulés. Généralement toutefois, les tirages d’Atrabile tournent autour de 2000 exemplaires. Pas de quoi rouler sur l’or. «Je ne vis pas de ce métier», explique Daniel Pellegrino, libraire chez Cumulus, une enseigne spécialisée en BD. Son compère Benoît Chevallier exerce la profession de graphiste. Exigeante sur le fond, soignée sur la forme, la production d’Atrabile se voit concurrencée par les gros bras de la profession, de plus en plus à l’assaut des mêmes créneaux: «Cela nous a forcés à nous radicaliser.» PhM

Drozophile: l’envie
On les flaire de loin, avec la mine réjouie de l’amateur de beaux livres. Les ouvrages de Christian Humbert-Droz sentent bon l’encre d’imprimerie. De beaux objets sensuels tirés la plupart du temps en sérigraphie. Beaucoup de travail pour un salaire dérisoire. Paru en 1998 et bénéficiant de neuf passages couleur par pages, un album comme La souris, du Genevois Ab Aigre, n’atteindra jamais le seuil de rentabilité. «Quand j’aurai écoulé tous les exemplaires, ce qui est loin d’être le cas, je parviendrai peut-être à me payer trois francs de l’heure», ironise Humbert-Droz, également éditeur de la fameuse revue collective Drozophile. Pour vivre, ce sexagénaire enthousiaste réalise de très belles affiches, dont celles de la Comédie. Il enseigne aussi aux Arts-déco. «L’édition est d’abord une passion qui me permet de parler de thèmes qui me tiennent à cœur», relève-t-il. Sans véritable ligne éditoriale, l’homme fonctionne à l’enthousiasme. «Avant même de les mettre en chantier, je sais que certains livres ne vont pas marcher. Mais je les fais quand même, parce que j’ai envie qu’ils existent.»




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