La fine fleur de la BD genevoise croque Calvin
BD | Zep, Tirabosco ou Pralong posent un regard pertinent et impertinent sur le Réformateur.
© zep | calendrier calvin
PHILIPPE MURI | 20.10.2008 | 00:00
Jean Calvin a-t-il jamais joué de la guitare électrique, comme le suggère Zep? Ou surfé sur le lac, ainsi que l’imagine Frederik Peeters? Qu’importe l’anachronisme si le regard porté sur le plus célèbre des Réformateurs s’avère pertinent, voire impertinent. Pour les 500 ans de sa naissance, en 2009, l’austère barbichu se voit célébré par la fine fleur de la bande dessinée locale. Pas triste.
Répondant à une commande de l’Eglise protestante genevoise, quatorze dessinatrices et dessinateurs imaginent de manière souvent décalée la façon dont le Grand Homme est perçu aujourd’hui, ou a été perçu autrefois. Leurs illustrations forment l’ossature d’un calendrier peu banal, le Calvindrier.
Calvindrier à 14 feuillets
Voulu et pensé comme un outil de promotion pour la célébration du grand raout Calvin en 2009, ce petit collector au format carré (17x17) va parvenir ces jours dans les boîtes aux lettres des quelque 60 000 foyers protestants de Genève. Un bulletin de versement accompagne l’envoi, le prix de l’objet (12 francs) demeurant indicatif. Pour les amateurs provenant d’autres confessions, pas besoin de se convertir: le calendrier se trouvera dans la plupart des librairies spécialisées BD de Genève, voire de Lausanne.
Initié par Blaise Menu, le pasteur responsable de l’Espace Fusterie, le Calvindrier comporte quatorze, et non douze, mois. Tous les artistes sollicités ayant répondu favorablement, les commanditaires ont préféré rajouter deux pages supplémentaires (décembre 2008 et janvier 2010) plutôt que de renoncer à un dessin. Signés Adrienne Barmann, Hélène Bruller et Isabelle Pralong côté féminin, ceux-ci se distinguent par leur créativité et leur humour. Même remarque chez ces messieurs: Aloïs, Buche, Exem, Kalonji, Guillaume Long, Poussin, Frederik Peeters, Tom Tirabosco, Wazem et Zep, sans oublier le jeune Guillaume Dénervaud, lauréat d’un concours lancé à l’Ecole d’arts appliqués.
Eléments biographiques
Afin d’éviter les redites, chaque mois a été thématisé en tenant compte d’éléments biographiques de la vie de Calvin. Bien documentées et habilement écrites, quelques lignes didactiques évoquent différentes facettes de la vie du Réformateur, replacé dans le contexte de l’époque. On y apprend notamment que les familles recomposées, fréquentes aujourd’hui, ne l’étaient pas moins au XVIe siècle. Calvin épousera ainsi en août 1540 la veuve d’un anabaptiste, Idelette de Bure, mère de deux enfants issus de son précédent mariage. Bientôt disponible, un site Internet – www.calvindrier.ch – prolongera ces notices et livrera force informations sur les manifestations du 500e au quotidien.
Graphiquement, les dessinateurs ne se contentent pas d’illustrer. Ils interprètent, avec une fraîcheur dépourvue de calvinisme, les différentes facettes du Réformateur. «Ce que l’on attendait d’eux, c’était un regard lucide et pétillant. Critique si nécessaire», souligne Blaise Menu. «L’apologie ne nous intéresse pas: à mon sens, Calvin n’est ni un saint, ni un salaud. Il y a dans ces dessins matière à discussion, et c’est bien ce que l’on souhaite.»
Une exposition des originaux et des dessins préparatoires aura lieu du 15 janvier au 15 février au temple de la Fusterie.