Le Goncourt des collégiens genevois
| Vendredi après-midi, dans une salle du Collège de Saussure, à l'heure du cours de français. Les 21 élèves ne tiennent pas en place. Sur la table de l'enseignante trônent des piles de bouquins. Et ces livres les attirent irrésistiblement. Curieux, ils s'en emparent, les soupèsent, les feuillettent, comme pour les apprivoiser. Car ces adolescents de 16 à 17 ans savent qu'ils ont un certain chemin à parcourir ensemble. Et pour cause: ils font partie du jury du 20e Goncourt des Lycéens.
© (c) Pascal Frautschi | La classe 204 du Collège de Saussure.
FRANÇOISE NYDEGGER | 22.09.2007 | 00:02
Vendredi après-midi, dans une salle du Collège de Saussure, à l'heure du cours de français. Les 21 élèves ne tiennent pas en place. Sur la table de l'enseignante trônent des piles de bouquins. Et ces livres les attirent irrésistiblement. Curieux, ils s'en emparent, les soupèsent, les feuillettent, comme pour les apprivoiser. Car ces adolescents de 16 à 17 ans savent qu'ils ont un certain chemin à parcourir ensemble. Et pour cause: ils font partie du jury du 20e Goncourt des Lycéens.
Fabienne Althaus Humerose, leur prof de français, les avait vite mis au parfum, le jour de la rentrée. «Vous avez la chance extraordinaire de pouvoir participer à ce jury et d'aborder la littérature contemporaine en vous posant pour la première fois la question de savoir pourquoi un livre est bon ou pas.» Et même si la perspective de dévorer quinze livres en un temps record en aura sûrement refroidi plus d'un, personne n'a rien laissé transparaître. Il est difficile de résister à l'enthousiasme débordant de cette enseignante, surtout lorsqu'elle se met à évoquer le plaisir de lire.
15 titres à dévorer
Depuis le 14 septembre dernier, date où la classe a reçu les cinq premiers titres de la sélection Goncourt, ces élèves bouquinent en continu. Certains ont déjà avalé plusieurs romans. Ceux d'Amélie Nothomb, Olivier Adam, Pierre Assouline ou Philippe Claudel. Dame, il s'agit de tenir le rythme. Un élève a fait le calcul: pour venir à bout de ces ouvrages, il faut lire en moyenne 80 pages chaque jour, et ceci pendant 56 jours d'affilée!
Que retenir de l'expérience, après une semaine de rodage? «Je ne serais pas spontanément allé vers ces livres, mais j'y trouve du plaisir, car les genres sont très variés» affirme un lecteur relativement enthousiaste. «Personnellement, je suis un peu déçu par les trois ouvrages que j'ai lus et qui ne m'ont pas convaincu», tempère un autre jeune homme, qui espère néanmoins trouver son bonheur dans les textes à venir.
«Faut se méfier des titres», prévient une voix fusant dans la mêlée. «Je n'aime pas trop lire» confesse un collégien, qui admet néanmoins être surpris en bien. «Ce qui est super ici, c'est qu'il y a un enjeu dans ces lectures» souligne un grand gaillard, au fond de la classe. Un autre insiste sur l'importance des liens tissés avec les autres participants au Goncourt des Lycéens. «On aime comparer sur le site ce que disent d'autres élèves sur cette expérience.»
Tous tiennent leur journal de bord de lecture. A leur manière. Certains prennent des notes serrées, d'autres glissent des dessins, des couleurs, pour se repérer dans ces écrits.
Délégué à trouver
Car ce n'est pas tout de lire. Encore faudra-t-il justifier, par la critique, pourquoi un livre mérite d'être défendu ou pas. Une fois que la classe aura décidé quels titres elle entend mettre en avant, il faudra trouver la personne qui représentera ce choix lors de la délibération finale des délégués. Pour ne pas la laisser seule, toute la classe se rendra en novembre à Paris. Et rencontrera, qui sait, l'heureux lauréat du Goncourt des Lycéens.
20e Goncourt lycéen
Le Prix Goncourt des Lycéens fête cette année ses vingt ans. Créé par la Fnac en 1988, en collaboration avec le ministère de l'éducation nationale française, ce prix littéraire rassemble chaque année quelque 1500 élèves âgés de 15 à 18 ans.Ces jurés juvéniles ont pour mission de lire les ouvrages sélectionnés par l'Académie Goncourt, dans le même laps de temps que le jury officiel. Les participants consignent commentaires et analyses dans leur journal de bord. Puis ils débattent et élisent en classe les trois titres préférés, avant de confronter leur choix à celui des autres classes sélectionnées. Après les votes régionaux, les délégués se rendent à Rennes, le berceau du Prix, pour délibérer et désigner le lauréat. Cette année, la proclamation est agendée au 12 novembre, et sera particulièrement festive à Paris.Participent à ce 20e Prix Goncourt des Lycéens 56 lycées en France, un au Québec, un en Belgique et deux en Suisse: une classe de Lausanne et celle du Collège de Saussure, à Genève. La Fnac fournit gracieusement à chaque classe huit exemplaires des quinze titres en lice.