La Une | Mercredi 19 juin 2013 | Dernière mise à jour 14:46
Réactions

«Les Suisses ne doivent pas traiter les?Gitans comme des chiens»

Par Raphaël Delessert. Mis à jour le 30.08.2012

Les gens du voyage qui occupent la place d’accueil de Rennaz, dans le Chablais, réagissent aux événements de l’été.

L’aire chablaisienne, mardi en fin de journée. Plusieurs familles venues de France sont installées là depuis deux mois.

L’aire chablaisienne, mardi en fin de journée. Plusieurs familles venues de France sont installées là depuis deux mois.
Image: Marius Affolter

Articles en relation

Articles en relation

Mots-clés

Partager & Commenter

L’après-midi touche à sa fin, le ciel se couvre sur le Haut-Lac, l’orage menace. Et dans les caravanes des gens du voyage stationnées sur l’aire d’accueil de Rennaz, la colère gronde.

«Vous êtes journaliste? Attention à ce que vous allez écrire. On a vu beaucoup d’articles qui racontaient n’importe quoi sur nous», avertit un solide gaillard aux cheveux frisés à l’entrée du camp. Installée à quelques mètres de l’autoroute A9, l’aire de Rennaz accueille actuellement une vingtaine de caravanes, immatriculées en France.

Ici, l’écho médiatique du mariage gitan de Collombey (VS), tout comme celui de l’évacuation par la police vaudoise d’un campement non autorisé à Payerne, ont marqué les esprits. Et à Rennaz, on refuse catégoriquement d’être comparés aux gens du voyage incriminés: «On est dans la légalité, on paie 10?francs par jour et par caravane. Regardez, c’est pas un bidonville: on a des caravanes ultramodernes», insiste Jacques. Installé tout au fond de l’aire d’accueil, ce quinquagénaire dégarni fait figure de patriarche dans le camp.

Puissantes Mercedes
Outre les caravanes, l’aire réunit aussi une jolie brochette de puissantes Mercedes. Les affaires des Gitans sont-elles florissantes? «Non, on ne peut pas dire que ça va bien, rectifie Jacques. On bricole. Mais comme on n’a pas de maison, on met tout l’argent dans la voiture. C’est notre outil de travail, et Mercedes, c’est du solide. On peut rouler 300?000 à 400?000?km avec», explique-t-il, tout en s’affairant à poncer et à repeindre une dizaine de volets de maison.

«Un privé me les a confiés. Je demande 100?francs par volet à restaurer. Ça me prend entre trois et quatre heures de travail. On n’est pas des sauvages ni des voleurs, Monsieur. On travaille comme tout le monde.» Pour dénicher ses clients, il fait du porte-à-porte, dans la région et au-delà. «Par le passé, je proposais de nettoyer les marmites et d’aiguiser les couteaux. Aujourd’hui, je fais surtout des travaux de peinture, ou du nettoyage de façades au Kärcher. Et je vends quelques tapis.»

Mauvais sorts
On évoque le mariage qui a agité les esprits, il y a un mois. «Les Gitans de Collombey, on les connaît, bien sûr. On a parlé avec eux. Il y a eu des engueulades, parce que cette histoire nous fait du tort. Les bons paient pour les mauvais. Mais c’est inacceptable d’avoir créé un groupe Facebook qui nous discrimine (ndlr: le réseau social a réuni sous une bannière «antimanouche» plus de 3000?membres en quelques jours). Écrivez-le: les vieilles de chez nous ont jeté des mauvais sorts sur tous les membres de ce groupe», tonne le quinquagénaire. Que risquent ces milliers d’internautes? «Rien de bon.»

Quelques mètres plus loin, un groupe de jeunes filles plutôt court vêtues papotent sous un auvent. «Ici, on se maquille et on s’habille comme on veut. Les femmes sont libres», insiste une voisine, avant d’évoquer les conditions de vie, au bord de l’autoroute. «On a des génératrices pour l’électricité et nos caravanes sont équipées de douches et de WC.» Passe un quadragénaire, désireux, comme la vaste majorité des Gitans du camp, de conserver l’anonymat: «On est nés dehors, on restera toujours dehors. Alors le bruit, on a l’habitude.» A l’heure des photos aussi, les Gitans se font discrets, et refusent fermement de prendre la pose.

Rumeurs démenties
Goudronnée, alimentée en eau courante, l’aire de Rennaz, de l’avis de plusieurs usagers du lieu, offre des conditions de vie tout à fait décentes. Certains d’entre eux séjournent d’ailleurs là depuis plus de deux mois et démentent les rumeurs de tensions avec d’autres familles qui, du coup, refuseraient de camper ici. «On est presque tous Français. Si on se dispute, on boit un verre ensemble et c’est fini. Par contre, ceux qui nous posent problème, ce sont les gens du voyage venus d’Irlande. On a mis une journée pour tout nettoyer après leur passage.»

A quelques caravanes de là, une grappe d’enfants jouent avec un tuyau d’arrosage. Slovenia, 7?ans, s’approche: «Monsieur, vous croyez en Dieu ou au diable?» interroge la blondinette en riant. «Nous sommes chrétiens évangéliques. On respecte la loi, on n’est pas des voleurs ni des escrocs. Il ne faut pas que les Suisses nous traitent comme des chiens», lui font écho un groupe de Gitans très remontés.



Effet de groupe

Avec ses deux places officielles destinées aux gens du voyage à Payerne et à Rennaz, le canton de Vaud fait figure de bon élève romand. Pourtant, les occupations illégales de terrain se multiplient et le phénomène devrait perdurer. D’abord parce que ces places sont devenues trop petites. On peut caser une trentaine de caravanes à?Rennaz. A peine une vingtaine à Payerne en serrant un peu. Car, si les berlines des Gitans sont déjà imposantes, leurs caravanes – notamment les luxueuses Tabbert Puccini - ne cessent de s’allonger. Elles atteignent fréquemment les 9 à 10?mètres.

En outre, on assiste à un agrandissement des groupes de voyageurs depuis quelques années. Naguère, ils sillonnaient le pays à 10 ou 12?roulottes. Aujourd’hui, des convois de plus de 50 caravanes sont courants.

«Avec de tels groupes, ils jouent sur l’effet de masse et se sentent plus fort», expliquait la semaine dernière à?Payerne, Pierrette Roulet-Grin, médiatrice Gitans du canton. La police essaie de fractionner les groupes pour les caser à Payerne ou à Rennaz. La mesure tient deux jours, puis les groupes se reforment ailleurs.

(TDG)

Créé: 30.08.2012, 07h29



Rubriques: Genève · Suisse · Monde · Economie · Sports · Culture · People · Vivre · Auto-Moto · High-Tech · Savoirs ·
Outils: Recherche · RSS · Newsletter · Mobile · Météo
Tribune de Genève: Contacts · Publicité · Services clients · Conditions générales · Cercle de lecteurs · Charte des commentaires · Impressum